Illustration. Fresque de Florence Lévy à Sr-Raphaël sur le thème du dessin d'enfant - Photo Patrick Janicek - Creative Commons (CC BY 2.0).
Illustration. Fresque de Florence Lévy à Sr-Raphaël sur le thème du dessin d'enfant - Photo Patrick Janicek - Creative Commons (CC BY 2.0).

Voici le récit de cette première journée d’école que nous confie Cécile, professeure des écoles en maternelle et en zone rouge.

Une rentrée en maternelle commence toujours par des larmes et des cris. Cette rentrée masquée et sous covid n’a pas dérogé à la règle, les petits étaient en pleurs. Mais la surprise est venue de mes grands. En grande section, les enfants sont à l’école depuis 2 ans et je n’avais que très rarement vu des grands pleurer. C’est pourtant bien ce qui s’est passé dans ma classe ce matin de rentrée. Des grands qui ne sont plus allés à l’école depuis des mois étaient en pleurs en quittant leurs parents et entrant dans la classe.

Ces larmes sont peut-être aussi liées au fait que les grands ne pouvaient pas être accompagnés en classe par leurs parents comme cela se pratique habituellement en maternelle. C’est d’ailleurs l’un des grands plaisirs et des avantages de la maternelle : les enseignants échangent chaque matin avec les parents et cela contribue à construire un climat de confiance entre les parents, les enseignants et les enfants. Las, « protocole sanitaire » oblige, les parents ne sont plus les bienvenus en maternelle.
Y compris pour les petits … Ce matin de rentrée, les parents des petits ont eu l’autorisation exceptionnelle d’entrer dans l’école mais dès demain, c’est fini. Ils restent à la porte ! Autant vous dire que l’on a pas fini d’entendre pleurer les petites sections …

Incompréhensible protocole sanitaire où même avec un masque les parents ne peuvent entrer dans l’école. Pestiférés même masqués. Protection en mode ceinture et bretelles.

Cette rentrée est donc une rentrée masquée. Mes petits élèves ne connaissent pas mon visage. Depuis des semaines, ils se sont habitués bien sûr à voir les adultes masqués. C’est donc pour moi leur maîtresse que les choses vont être compliquées. J’ai passé la journée avec l’impression d’avoir une culotte sur la bouche … En effet, les masques en tissus fournis par l’Éducation nationale sont fabriqués et siglés par une marque très connue de slips pour femmes. Et ils ont utilisé le même tissu blanc que pour leurs célèbres slips. Le tout est à peu près irrespirable. 6 heures plus tard, je finis donc la journée avec une énorme migraine. C’est donc décidé, je porterai des masques chirurgicaux que je vais devoir acheter sur mes deniers personnels …

Mais le plus compliqué reste quand même d’enseigner en maternelle avec un masque, quel qu’il soit. Et rien n’est vraiment simple. Tout est compliqué. Comment apprendre aux enfants les phonèmes s’ils ne peuvent pas voir mes lèvres ? Comment les enfants peuvent-ils percevoir un sourire, une déception, un encouragement masqué par cette satanée culotte blanche qui me sert de masque ? Et comment lire une histoire alors que dès que je baisse la voix le masque l’étouffe et je deviens inaudible.

Bref j’ai l’impression que faire classe en maternelle sous un masque, c’est un peu mission impossible. Il va pourtant falloir faire avec, 6 heures durant. Et faire en sorte que l’École soit pour mes élèves un vrai bonheur … même sous covid.
Impossible n’est pas français.

Cécile, professeure des écoles.

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