La prise de parole du ministre de l’Éducation nationale était attendue. Et c’est peu de le dire.

En cause la parution en catimini au cœur de l’été d’un nouveau protocole sanitaire pour l’École qui assouplit très largement l’ensemble des restrictions prévues au printemps. En effet, entre la conception du document début Juillet et la date de sa mise en application, la situation sanitaire n’est plus vraiment la même. Cette situation sanitaire se dégrade de jour en jour. Ce mercredi 19 Août, Santé Publique France comptabilisait 3 800 nouveaux cas de contamination en 24h. Ce jeudi 20 Août, ce sont 4 771 nouvelles contaminations qui ont été identifiées. Nouveau record depuis le déconfinement. Le port du masque se généralise y compris dans l’espace public ouvert et va être obligatoire en entreprise. De quoi nourrir les inquiétudes des enseignants comme des parents d’élèves.

Aussi Jean-Michel Blanquer n’a pu, comme il le prévoyait, attendre la traditionnelle conférence de presse de rentrée programmée le 26 août prochain pour clarifier la situation.

Le ministre a-t-il pour autant répondu aux attentes et aux inquiétudes ? Pas vraiment. À celles et ceux qui s’attendaient à un durcissement des consignes sanitaires ou à minima à une clarification, Jean-Michel Blanquer n’a eu de cesse de répondre et répéter « Le protocole élaboré au mois de Juillet prévoit tous les types de situation, circulation faible du virus ou circulation forte du virus » et les choses se feront « au cas par cas ». Le ministre adopte ainsi pour de l’Éducation nationale la méthode Macron-Castex qui consiste à renvoyer « la patate chaude » au local et au binôme maire-préfet et en l’occurrence au trinôme maire-préfet-recteur auquel il convient d’ajouter le directeur de l’Agence Régionale de Santé. a expliqué Jean-Michel Blanquer.

La principale annonce de Jean-Michel Blanquer tient en 3 lettres : Non. La rentrée des élèves ne sera pas retardée d’une semaine comme le réclamait le syndicat du primaire, le SNUIPP-FSU, qui demandait ce délai pour pouvoir matériellement organiser cette rentrée hors normes, pour organiser « les lieux, les espaces, la circulation dans l’école ». Le ministre a donc répondu « Non », enchainant sur une tirade qui fleurait bon l’élément de langage savamment préparé :
« Vous savez l’Éducation n’est pas une variable d’ajustement ni de notre société ni d’une crise sanitaire. L’Éducation, elle est plus importante que jamais. En France aujourd’hui plus que jamais, on n’a pas besoin de moins d’éducation, on a besoin de plus d’éducation. »

Une manière pour Jean-Michel Blanquer de tenter de faire taire les accusations qui ont accompagné la reprise des cours ce printemps, accusations d’une motivation purement économique.

Qu’ont donc appris d’autres parents et enseignants ? Rien qui ne soit vraiment nouveau. Le port du masque sera obligatoire pour les élèves à partir de 11 ans, c’est-à-dire au collège et dans les espaces clos. Poussé dans ses retranchements par Thomas Sotto à propos des moins de 11 ans qui comparait les classes aux « Open Space » des entreprises où le masque devient obligatoire le jour même de la rentrée scolaire, le ministre s’est réfugié derrière les recommandations médicales qui disent les difficultés de faire porter le masque à des jeunes enfants, tout en ouvrant la porte à possible changement pour les CM1 et CM2. Eventuellement … Et pour les espaces ouverts, le ministre laisse la question du port du masque à l’appréciation des acteurs locaux.

Essayant à nouveau de défendre le protocole sanitaire à géométrie variable, adaptable en cas de hausse de la circulation du virus dans une région donnée, le ministre a expliqué qu’il permettrait de réduire la présence physique d’une partie des élèves qui alors devraient suivre les cours à distance. « Avec des heures de cours qui sont enregistrées et l’enseignement à distance qui est prêt » a-t-il précisé.

Autre précision du ministre. Le masque est considéré comme « une fourniture scolaire » qui ne sera donc pas fournie sauf exception « dans les cas les plus extrêmes ». Et Jean-Michel Blanquer de vanter « la hausse considérable et exceptionnelle » de l’allocation de rentrée scolaire décidée par le gouvernement cette semaine. C’est oublier que cette allocation n’est versée qu’à la rentrée et que l’année scolaire risque d’être longue et particulièrement chère en masques pour des familles déjà en difficulté ou paupérisées par la crise économique et sanitaire.

Aucun moyen financier non plus pour l’équipement des enseignants en matériel informatique qui pourrait à nouveau s’avérer nécessaire en cas de classe à distance. Jean-Michel Blanquer a renvoyé aux négociations sur les rémunérations, augmentations que les enseignants attendent depuis 3 ans. Et alors que l’on apprenait que « les salaires des enseignants ont baissé deux fois plus vite que ceux des autres fonctionnaires en 2018 », baisse liée aux décisions du gouvernement du gel du point d’indice et du gel de la revalorisation obtenue lors précédent quinquennat par Najat Vallaud-Belkacem.

Voilà donc pour une intervention particulièrement attendue. Le protocole sanitaire prévoit tous les cas possibles, ne vous inquiétez pas, tout va bien. Mais à quoi tient donc l’inquiétude persistante après avoir écouté le ministre ? C’est que les parents comme les enseignants ont encore en tête les paroles aussi contredites de Jean-Michel Blanquer. Ordre-Contre ordre-Désordres qui ont émaillé chacune de ses interventions lors du confinement. Et puis les professeurs ne sont pas prêts d’oublier le la stratégie de prof-bashing mise en place par Jean-Michel Blanquer qui a cherché à opposer les parents désireux de reprendre le travail aux enseignants. Une stratégie qui n’a pris dans l’opinion mais qui a laissé des traces.

Le ministre n’a d’ailleurs eu aucun mot pour les enseignants ce soir. Eux qui ont été dans leur immense majorité exemplaires pendant le confinement et lors d’un déconfinement où il fallait tout inventer, malgré les difficultés matérielles et savoir-faire. Pas un mot, rien.

Jean-Michel Blanquer, le survivant du dernier remaniement, apparait finalement comme un ministre plus fragile et plus fragilisé qu’attendu. Incapable de soutenir et d’emporter l’adhésion des enseignants et sans doute pas vraiment plus en mesure de rassurer les parents. Bref, fragile.

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