Le stade de Wembley à Londres lors du match Angleterre-Allemagne le 29 juin - via Wembley Stadium sur Twitter.
Le stade de Wembley à Londres lors du match Angleterre-Allemagne le 29 juin - via Wembley Stadium sur Twitter.

Anaïs fait son internat de médecine dans le service réanimation d’un hôpital du Sud de la France. Elle ne comprend pas les soignants qui ne se vaccinent pas. « Ça me paraît tellement évident que personnellement je ne me suis même pas posé la question ». Le Covid, elle l’a vu de près. Et pas que chez des sujets âgés ou avec des comorbidités. « En avril, on a vu arriver des jeunes, sans antécédents, sans surpoids, certains ont été intubés, pas la majorité, la différence avec les plus âgés c’est qu’ils sont ressortis vivants ».  Mais avec des séquelles parfois lourdes. Marie, interne aux urgences, approuve et raconte l’histoire d’une jeune patiente qui a perdu ses cheveux et ses ongles il y a quatre mois et n’a toujours pas totalement récupéré. « Un peu comme si son corps se battait pour l’essentiel, la survie ». Ces deux jeunes médecins n’ont pas l’ombre d’une interrogation sur la nécessité pour les soignants d’être vaccinés. 

Ce n’est pas le cas de tous selon les chiffres avancés par le Professeur Fischer : moins de 60 % de couverture dans les Ehpad, 64 % dans les hôpitaux. « Cela reste clairement insuffisant », déplore monsieur Vaccin dans le JDD. Raison pour laquelle il est envisagé de contraindre ces professionnels, comme Olivier Véran en a fait l’annonce. « L’idée n’est pas de stigmatiser et j’espère qu’on n’en arrivera pas là », modère Alain Fischer. 
On stigmatise déjà, pourtant. En oubliant un peu trop que ces citoyens-là ont fait front pour les autres pendant des mois… sans masques FFP2 et avec des sacs-poubelles en guise de protection. Durant des semaines, ils ont été exposés et exposants, ça n’a dérangé qu’eux et leurs proches. Certains ont dû travailler tout en étant malades parce que les hôpitaux manquaient de bras. Et pour couronner le tout, il a fallu que quelques pontes lèvent le ton pour que le gouvernement place les personnels soignants parmi les citoyens prioritaires après le lancement de la campagne de vaccination. Ça n’a pas été une évidence d’entrée de jeu. Ça ne l’est toujours pas pour des milliers de ces héros que la France confinée à l’abri a applaudis tous les soirs à 20 heures au printemps 2020.

Cette problématique est donc à prendre avec des pincettes, de même que celle d’une vaccination obligatoire généralisée. Les millions de réticents à se faire piquer commencent à être un peu trop ciblés par des menaces malsaines et regardés comme des parias. Des réactions largement encouragées par quelques voix outrancières et irresponsables. 
Ce serait se tromper que croire que tous les hésitants sont des antivax ou des fans du Professeur Lalanne. Ce sont majoritairement des méfiants, toujours pas remis du scepticisme qui avait entouré l’ARN messager, puis les autres vaccins, quand ils ont débarqué alors qu’en France on n’y croyait pas du tout, y compris au sommet de l’État. Il est parfaitement compréhensible que certains Gaulois préfèrent aujourd’hui ne pas se faire injecter Pfizer ou Moderna… ou Astra-Zeneca et rechignent à apporter leur pierre à l’édifice d’une immunité collective pour l’heure improbable et qui seule empêchera le variant Delta, puis d’autres, de se balader. « Plus on se rapproche des 90 % de la population vaccinée, mieux c’est. Le bénéfice d’une couverture partielle est déjà prouvé. Les personnes âgées en Ehpad ne meurent plus », justifie le Professeur Fischer. Argument de poids pour convaincre les indécis. Quitte à franchir le pas, ils sont invités à le faire vite : « La protection maximale intervient quatorze jours après la deuxième dose. En se vaccinant aujourd’hui, on est protégé pour la rentrée. C’est-à-dire au moment où les modélisateurs craignent une quatrième vague liée à la fois au variant Delta, à la reprise des contacts, à la rentrée scolaire, au climat plus favorable au virus. Donc tout se joue dans les quinze jours à venir ».

Trouver la bonne dose de raison au milieu des injonctions  paradoxales n’est pas évident. Pour les sujets perplexes au point de vouloir voir ce que l’antidote produit chez les autres avant d’y passer – ce n’est pas le cas de l’auteuse de ces lignes, vaccinée –, il y a une fois de plus de quoi se faire des nœuds dans le cerveau. Entre d’un côté un alarmisme de plus en plus pressant et agressif, même lorsqu’il se prétend incitatif. De l’autre la perspective de 60.000 spectateurs à Wembley (qui en contient 20 % de plus) pour assister aux demi-finales de l’Euro, Italie-Espagne et Angleterre-Danemark, mardi et mercredi ; des fiestas en mode agglutiné ; des discothèques dans les starting-blocks pour rouvrir.

Juillet 2021 a la couleur des jours heureux, le goût des jours heureux. Pour qu’il devienne a posteriori le souvenir du retour de ces jours heureux que l’on attendait tant, il faudra le mériter. En attendant que la vaccination continue de gagner du terrain, une vigilance apaisée doit accompagner ces retrouvailles avec la vraie vie, que l’on soit piqué ou pas, afin de l’aider à s’installer malgré Alpha hier, Delta aujourd’hui ou Epsilon demain. 

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