Interview d'Emmanuel Macron au 20h de TF1 et France2 le 14 octobre 2020 - Capture Nos Lendemains.

La droite en rêvait, Emmanuel Macron le propose, et sans y aller avec le dos de la cuillère. Si le président réussit à réunir une majorité à l’Assemblée nationale en juin, l’âge de départ à la retraite sera fixé à 65 ans. Une classique mesure d’âge, à l’aveugle, pour « sauver notre régime de répartition, auquel nous sommes tous attachés ». Sauf que la réalité des comptes des caisses de retraite révèle que le danger de banqueroute ne pointe guère à l’horizon. Une opération furieusement politique pour se mettre dans la poche l’électorat de droite. Et inutile d’utiliser les classiques arguments de la gauche affligée d’une telle proposition, au nom du progrès social, des acquis professionnels, de la marche du progrès. Non, il suffit de se plonger dans la littérature, un peu ardue, du COR (Conseil d’orientation des retraites), qui ne s’apparente pas à un repaire de gauchistes, pour s’en convaincre.

Que dit le COR dans son rapport du mois de juin 2021. Certes, la crise du Covid a fortement aggravé les problèmes de financement et de prises en charge, avec environ 18 milliards d’euros de déficit en plus, non prévus, pour l’année 2020. Mais aujourd’hui que la croissance économique repart, ces caisses de retraites retrouvent leur rythme de croisière en termes de cotisations. Par rapport au PIB, produit intérieur brut, correspondant à la richesse créée en France, la part destinée aux revenus de remplacement atteignait en 2010 13.5 % du PIB. En année exceptionnelle, comme en 2020, cette part a battu tous les records, avec un niveau de 15% du PIB. Pourtant, ce taux à partir de 2022, jusqu’en 2070, devrait osciller entre 11 et 13% ; à l’instar des pourcentages en vigueur dans le reste de l’Europe. En vérité, un avantage lié à une simple opération comptable. Avec la désindexation des montants des retraites décidée dans les année 1990, leurs poids a diminué en pourcentage du PIB, entrainant également une stagnation relative des revenus des retraités. Le tout, sans avancer l’âge de départ à 65 ans.

« Économiquement, la réforme n’est pas nécessaire » ( Daniel Cohen ) 

Daniel Cohen, directeur de l’École d’économie de Paris, compte parmi les meilleurs économistes. Et selon lui, le report de l’âge de départ ne saurait se justifier pour des raisons financières. Sur LCI, il expliquait la semaine dernière : « On sait que les réformes qui ont déjà été faites, comme la réforme Touraine, l’indexation sur les prix et plus sur les salaires, tout cela entraîne une baisse de la part des retraites dans le PIB. Économiquement, la réforme n’est pas nécessaire, puisque la part des retraites va se rapprocher de 12% du PIB ». Coté majorité présidentielle, on la justifie comme on peut en évoquant les nouveaux besoins liés au quatrième âge, à la dépendance, autant de sujets prioritaires et importants, mais qui n’ont rien à voir avec la question des comptes des retraites. Un peu comme si le gouvernement voulait faire payer, aux seuls salariés, le poids du vieillissement global, et de ses conséquences sanitaires. Subitement, la question du sauvetage du régime de répartition n’entre plus en jeu…

Durant sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron a tenté de dramatiser la question des retraites, en pointant les dangers rédhibitoires d’une faillite du système de couverture. Se voulant pédagogue et rassurant, il fournit sa méthode d’évolution vers les 65 ans : « Je ne change pas le rythme de quatre mois par an c’est important sinon je ne peux pas financer, parce qu’il faut du sérieux, les progrès sociaux que je veux faire pour nos retraités, pour la dépendance ». Ce à quoi le Conseil d’orientation des retraites répond : « Malgré le contexte de la crise sanitaire et le vieillissement progressif de la population française, les évolutions de la part des dépenses de retraite dans le PIB resteraient sur une trajectoire maîtrisée à l’horizon de la projection, c’est-à-dire 2070. C’était un résultat qui prévalait avant la crise sanitaire que nous traversons depuis début 2020. C’est un résultat qui demeure valable après crise ». Fermez le ban.

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