Roselyne-Bachelot interrogée par Élise Lucet au printemps 2020 sur le protocole Bachelot - Photo France2.

Bachelot, c’est la plus belle prise de Macron dans la composition du gouvernement Castex. Survivante de l’ancien monde (premier portefeuille en 2002 sous la présidence de Chirac), quand Alliot-Marie, qui est de la même année (1946) et affiche un palmarès encore plus impressionnant, est portée disparue, Roselyne Bachelot a signé une carrière politique dense et occupé plusieurs ministères (Écologie et Développement durable, Santé et Sports, Solidarités et Cohésion sociale) avant de basculer dans le PAF (paysage audiovisuel français).

Attribuer le portefeuille de la Culture à cette passionnée d’art lyrique, c’est futé, ça claque, et ça fait oublier le licenciement en nombre de macronistes canal historique (Castaner, Belloubet, Pénicaud, Ndiaye) sans parler des égarés en cours de route, comme Collomb ou Griveaux etc.
Un peu comme celui de Dupond-Moretti, qui n’a jamais caché sa sympathie pour Macron et milite discrètement pour le Président de le République depuis des mois, le recrutement de Bachelot au gouvernement cache cependant une misère dont il est aussi emblématique : « En Marche » n’a aucun fond et, faute de ressources humaines, Macron est allé se servir largement en personnels chez Paul Bismuth, alias Nicolas Sarkozy, jusqu’à confier le ministère de l’Intérieur à un de ses poulains et Matignon à un de ses proches.

Le Président de la République s’offre ainsi une ministre de la Culture septuagénaire archi populaire, certainement la plus populaire à droite. Car depuis qu’elle s’est retirée de la vie politique et qu’elle s’est reconvertie en chroniqueuse télé, elle s’est fait plein de copains qui croient tout ce qu’elle le dit, Bachelot, parce qu’elle sourit souvent, avec plein de dents blanches et une bonhommie constante entre deux rires généreux.

L’ancienne ministre traverse incontestablement une bonne période médiatique et bénéficie de la sympathie des Français, au-delà des clivages. Elle s’était retrouvée sur la sellette lors de l’épidémie de grippe H1N1 (2009) pour avoir gaspillé de l’argent public en commandant trop de masques et de vaccins. L’épisode covid-19 l’a totalement réhabilitée et elle ne s’est pas privé de s’en satisfaire, largement, mais avec modestie, optimisant les retombées déjà positives pour son image, le vent en poupe plus que jamais.

Quelques voix s’élèvent tout de même, aujourd’hui encore, pour fustiger sa politique sanitaire au service de Sarkozy, et la mise en place il y a dix ans du « protocole Bachelot ». Il lui est reproché d’avoir gommé la pénibilité du travail des infirmiers/infirmières et repoussé l’âge de leur départ à la retraite en échange d’une hausse de leur salaire. Interrogée à ce sujet par Élise Lucet, Roselyne Bachelot avait semblé un peu agacée, moins détendue que d’habitude.

Récemment, les médecins ont été choqués par la sortie de l’ex-ministre de la Santé, lors de son audition par la commission parlementaire de l’Assemblée nationale sur la crise sanitaire, à propos des masques. Elle a violemment et ouvertement mis en cause les libéraux parce qu’ils n’ont pas constitué de stocks… eux-mêmes : « On attend que le préfet ou le directeur de l’ARS viennent avec une petite charrette pour apporter des masques ? C’est quoi ce pays infantilisé ? Il faut se prendre en mains dans ce pays, c’est ça la leçon qu’il faut tirer ».
Les généralistes, propulsés par le gouvernement en première ligne, sans protection, en phase 3 de la crise du coronavirus, ce que certains ont payé de leur vie, ont réagi vertement contre cette attaque incongrue et que l’on comprend mieux aujourd’hui : il s’agissait sans doute de diminuer la responsabilité de l’exécutif, qui aura su se montrer reconnaissant.

Sans préjuger de ce que Bachelot accomplira ou pas dans son nouveau job, on peut s’interroger sur le principe qui consiste, pour une figure politique, à se déclarer retirée des affaires, tout en s’en mêlant régulièrement via des analyses et des chroniques télévisées en boucle, avant de revenir sur le devant de la scène politique pour mettre son aura de star cathodique au service d’un pouvoir contesté depuis des mois.

Les Français, en plus de constater qu’on leur impose l’influence d’un Sarkozy qu’ils ont rejeté, doivent avoir un peu l’impression de s’être fait embrouiller par ce mélange des genres. Le « nouveau chemin » a comme une odeur de déjà vu.

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Cet article a 1 commentaire

  1. jocelyne ouang

    Je me contenterai d’une petit comptine que l’on chantait chez-moi en Normandie  » Et comme disait le duc d’Elbeuf / C’est dans du vieux qu’on fait du neuf  » ! Macron ou l’art du « recyclage  » . Pompili peut être contente elle qui s’est tant de fois recyclée !

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