Vladimir Poutine, président de la Russie - Photo via Kremlin.ru.
Vladimir Poutine, président de la Russie - Photo via Kremlin.ru.

Lors d’une vidéo-conférence retransmise à la télévision russe ce mardi 11 août, Vladimir Poutine a annoncé l’approbation par la Russie d’un premier vaccin contre la covid-19. Le président de la Fédération de Russie a déclaré « ce matin, pour la première fois au monde, un vaccin contre le nouveau coronavirus a été enregistré », en ajoutant : « Je sais qu’il est assez efficace, qu’il donne une immunité durable. »

Sans doute conscient des enjeux de confiance que représente l’approbation précipitée d’un premier vaccin, le président Vladimir Poutine a affirmé qu’une de ses filles s’était fait inoculer le vaccin au cours des tests cliniques. Ce vaccin a été développé par le Centre de recherches en épidémiologie et microbiologie Nikolaï-Gamaleïa, avec le ministère russe de la Défense et il a été baptisé « Spoutnik V » (V comme vaccin). Une référence au passé glorieux de l’Union Soviétique et à une autre première mondiale qui avait vu les États-Unis battus à plate couture par la Russie dans la conquête spatiale, lors de l’envoi dans l’Espace du tout premier satellite artificiel. Un coup de tonnerre dans la guerre froide qui avait alors amené à une formidable accélération de la compétition spatiale et poussé John F. Kennedy à donner à la NASA pour objectif d’être premiers sur la Lune !

On le voit cette annonce est un bijou de communication : annonce majeure, effet de surprise sur le grand public et une touche personnelle pour dire l’implication du dirigeant et tenter d’apporter de la confiance. Vladimir Poutine n’est pas un ancien agent du KGB pour rien.

Mais effectivement cette question de la confiance est cruciale. Plusieurs scientifiques américains avaient alerté voici quelques jours à propos des tentations de pressions politiques sur le processus de tests cliniques et d’autorisation de mise sur le marché des premiers candidats vaccins. Avec d’un côté  des scientifiques qui par le truchement du Dr Fauci entrevoient la fin des tests pour la fin de l’année 20 et d’un autre côté, Donald Trump verrait d’un bon œil une annonce plus rapprochée pour disposer d’une « octobre surprise ». Cette surprise, classique des campagnes présidentielles américaines qui peut ou pas renversé la tendance avant le vote prévu le 4 novembre.

Las, Donald Trump ne pourra pas crier victoire et lancer son célèbre : « America First ». C’est Valdimir Poutine qui peut se targuer d’un « Russia First ».

Coup de com’ magistral et planétaire

Cependant, il s’agit bel et bien d’un coup de com’ digne des plus belles manipulations du KGB. En effet, l’annonce est fracassante, frappante mais le président du fonds souverain qui finance le développement du vaccin, Kirill Dmitriev, a précisé que la phase 3 des essais cliniques commençait ce mercredi. La production industrielle ne sera prête à démarrer qu’en septembre tandis que l’administration du vaccin au public ne se ferait au plus tôt en janvier 2021.
Cette phase 3 est la phase finale des essais cliniques d’un vaccin ou d’un médicament et elle permet à grande échelle de vérifier justement l’efficacité et l’innocuité du vaccin.

Et plusieurs laboratoires occidentaux ont d’ores et déjà démarré aussi des essais cliniques en Phase 3 tandis que l’Administration Trump a permis le lancement de la production de masse des candidats vaccins avant même de connaître les résultats de ces essais, en mettant sur la table 8 milliards de dollars.

La Russie n’est donc pas vraiment première. Le coup de com’ est d’autant plus fort. Chapeau l’artiste.

Attention danger sur la confiance

Reste à savoir comment Vladimir Poutine peut-il ainsi s’avancer sur l’efficacité et la sécurité de ce candidat vaccin alors que la phase 3 des essais cliniques n’a même pas encore commencée ?

Tentons une conjecture. La tentation d’apparaitre premier de renouer avec l’époque Sputnik, de damer le pion à l’adversaire US tout en mettant une forte pression sur Donald Trump aura été plus forte que toutes les précautions nécessaires.

On comprend mieux pourquoi à la suite des scientifiques américains, l’OMS avait appelé au respect de « lignes directrices et directives claires » en matière de développement des vaccins.

Reste que la pression est maintenant sur les épaules du président US. Une lutte viriliste va s’imposer. Donald Trump ne peut pas apparaitre plus faible que Vladimir Poutine. Le président russe pousse le président américain à la faute et va sans doute contribuer à semer un peu plus la zizanie aux Etats-Unis.

Mais accélérer la marche des essais cliniques ou en réduire les exigences réglementaires ne présente pas seulement un risque sanitaire grave. Cela va entamer la confiance du public dans les vaccins produits alors que les complotistes antivax font fureurs partout dans le Monde.

Déjà selon un sondage, seuls 53% des britanniques seraient « certainement ou surement prêts » à se vacciner contre le coronavirus, un sondage qui révèle des « perceptions erronées dommageables » à l’acceptabilité du vaccin.

Contrairement à la course à l’Espace, l’accélération de la course au vaccin anti-covid est donc particulièrement délétère. Un appel à la raison et à l’indépendance des autorités sanitaires est urgent.


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