Nicolas Sarkozy à Davos en 2011 - Photo World Economic Forum - Creative Commons
Nicolas Sarkozy à Davos en 2011 - Photo World Economic Forum - Creative Commons

Revoilà Sarkozy. En kiosque. Avec en bonus le spectre récurrent de son retour éventuel pour sauver la droite. Ça fait bien rigoler celles et ceux qui sont convaincus qu’il a plutôt amplement contribué à la couler bien avant que l’affaire Fillon ne l’achève et que Macron ne la liquide ou presque.

La complicité exclusive, sur la fin de son mandat (2007-2012), entre l’ancien président de la République et le politologue d’extrême droite Patrick Buisson est restée gravée dans certaines mémoires têtues. Cette liaison dangereuse dans laquelle Sarkozy avait embarqué tout son camp, malgré les grincements de dents de l’aile modérée, avait éclaté au grand jour quand le conseiller ingrat avait menacé de publier des enregistrements de ses échanges avec le chef de l’État, preuves de son influence dans la stratégie présidentielle. Cette idylle avec le diable, qui a conduit l’ex-Président à chasser sans complexe sur les terres du FN d’alors (devenu RN depuis), a laissé des traces, malgré l’amnésie apparente.

L’ancien Président rejeté par les électeurs en 2012 et 2016

On l’oublierait presque tant on leur dit qu’ils l’aiment, mais les Français ont rejeté Sarkozy, en 2012, où le sortant a été battu au deuxième tour de l’élection présidentielle par François Hollande. Par ailleurs, il y a quatre ans seulement, en novembre 2016, quand l’ancien Président a retenté sa chance dans le cadre de la primaire de la droite et du centre pour être candidat en 2017, les adhérents de LR non plus n’en ont plus voulu : il a essuyé un nouveau revers et n’est arrivé que troisième. François Fillon l’a emporté devant Alain Juppé, deuxième. On connaît la suite.

Pas étonnant qu’Emmanuel Macron éprouve une certaine sympathie pour le bonhomme, auquel il doit la banalisation du discours du RN, qui a contribué au succès de Marine Le Pen, adversaire rêvée pour le nouveau pensionnaire de l’Élysée. N’ayant cure des ennuis judiciaires et des échecs électoraux de son prédécesseur, l’actuel chef de l’État lui offre régulièrement, depuis le début de son mandat, des missions de représentation à l’international, pour lesquelles Nicolas Sarkozy incarne, donc, la France. Malgré tout. Les deux hommes sont en contact, Sarko prodigue ses conseils experts, Macron en fait ce qu’il veut. À l’arrivée, hop, le nouveau Premier ministre, Jean Castex, est un des proches de l’ex-Président. Le ministre de l’Intérieur un des ses poulains. Comme un vent de sarkozysme imposé.

Parallèlement, l’influence de Sarkozy au sein du parti Les Républicains (LR), nouveau nom donné en 2015, à son initiative, à l’UMP, dont il a été le patron de 2004 à 2007 et de 2014 à 2015, a elle aussi curieusement survécu à ses échecs électoraux et à ses ennuis judiciaires, plus particulièrement, concernant l’UMP, à l’affaire Bygmalion, qui a sérieusement secoué le parti, de la base au sommet, en 2014, et va de nouveau faire des vagues du 17 mars au 15 avril 2021, même si l’UMP s’est métamorphosée en LR .

L’affaire Bygmalion revient

Treize prévenus, notamment des anciens dirigeants et cadres de l’UMP, comparaîtront en correctionnelle aux côtés de Nicolas Sarkozy dans le cadre de cette affaire. Ils sont suspectés d’avoir été impliqués dans la mise en œuvre d’un système de fausse facturation lors de sa campagne présidentielle de 2012. Lui devra finalement répondre de dépassement du plafond des dépenses électorales. Il a pourtant déposé en vain plusieurs recours, au nom du « non bis in idem », défendant qu’il avait déjà été sanctionné par le Conseil constitutionnel et qu’il avait remboursé la somme due. En dernier lieu, la Cour de cassation a considéré que cette sanction, financière, visait à assurer « l’égalité entre les candidats au cours de la campagne électorale » alors qu’une sanction pénale ciblerait « les éventuels manquements à la probité des candidats et des élus ». Direction le tribunal.

Dans cette enquête comme dans toutes celles qui lui collent aux baskets, comme celle des écoutes dans laquelle il apparaît aussi sous le nom de Paul Bismuth, Nicolas Sarkozy crie à l’État de droit et se drape dans le principe de présomption d’innocence. Il a raison. Standing ovation. Mais on se rappelle qu’il a lui-même écrabouillé ce principe pendant des années. Notamment en juillet 2003, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, après le terrible assassinat du préfet Claude Érignac en février 1998 à Ajaccio, lors de l’arrestation du principal suspect : « La police française vient d’arrêter YvOn Colonna [YvAn NDLR], l’assassin du préfet Érignac. La force est restée à la loi. À la loi de la République. Oui, il y a vraiment quelque chose qui est changé, dans notre République, c’est que maintenant, nous faisons ce que nous disons […] », avait déclaré Nicolas Sarkozy. Des propos totalement hors des clous, motivés par une instrumentalisation qui ne l’était pas moins.

Même si l’homme politique Sarkozy n’est pas convaincant côté fiabilité et transparence, le produit, lui, cartonne. Il faut dire que le mari de Carla Bruni bénéficie d’une promo tentaculaire dès qu’il bouge un orteil, c’est-à-dire pas si souvent, il n’en a pas besoin pour faire parler de lui, omniprésent mais super discret.

Debré jaloux irrationnel, on se gausse

Branle-bas de combat médiatique, donc, pour la parution de son dernier livre, « Le temps des tempêtes », comme ça l’avait été pour le précédent, « Passions », sorti en juin 2019. Il s’était vendu à 220.000 exemplaires en à peine un mois, 300.000 livres avaient été écoulés en mars 2020. L’ex-Président sera l’invité d’un JT de 20 heures à forte audience le 27 juillet, la bande-annonce est diffusée en boucle depuis mercredi, entre deux zoom sur sa prose et sa personnalité populaire (ha bon ?). C’est « Le Figaro » qui a assuré la mise sur orbite, avec une interview et des extraits du chef-d’œuvre abondamment relayés par tous les médias.

L’ouvrage, qu’il a écrit pendant le confinement, raconte les deux premières années de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, 2007 et 2008. Nous, on en retiendra qu’il se paie une nouvelle fois Jean-Louis Debré, auquel il prête une « jalousie irrationnelle », ce qui fait pouffer quand on sait que le même Debré était président du Conseil constitutionnel lorsque l’instance a rejeté en 2013 les comptes de la campagne de Sarko pour la présidentielle de 2012. Il faut dire, aussi, que de son côté Debré n’a pas non plus épargné l’ancien Président : « Rien ne m’étonne plus de Sarkozy. Il n’a aucun sens de l’État. C’est un chef de clan auquel il est interdit de résister, surtout au nom du droit », pour qui « tout s’achète », a écrit en 2016 le fidèle de Jacques Chirac. Il ne porte pas Sarkozy dans son cœur, c’est vrai, comme tous les Chiraquiens canal historique qui ne lui ont pas pardonné d’avoir trahi le Corrézien en 1995… et que son bilan n’a pas convaincus depuis.

Et vous, au fait, vous les voyez comment, les deux premières années du mandat de Sarkozy ? Si vous avez l’image de Kadhafi plantant le barnum à Marigny, vous vous direz forcément qu’au bout du compte la relation privilégiée entre Sarkozy et le sulfureux libyen n’a pas porté chance au bédouin.

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