Emmanuel Macron en visite dans un commissariat de Paris et à droite Nicolas Sarkozy invité du JT de TF1 - Captures TV.
Emmanuel Macron en visite dans un commissariat de Paris et à droite Nicolas Sarkozy invité du JT de TF1 - Captures TV.

Et c’est ainsi que les athéniens s’atteignirent.

Entre l’inévitable et l’absurde, nous voilà donc lancés, dans la dernière partie de ce quinquennat, à tombeau ouvert sur l’autoroute sécuritaire. Avec, cette fois, une co-réalisation Nicolas Sarkozy / Emmanuel Macron. Le premier, dans une interview fleuve pour la sortie de son livre, a clairement annoncé sa couleur hier soir sur TF1 : choc de civilisation, identité française, risque de domination de l’Asie, sécurité, Mai 68. Tout y est passé à tel point qu’en fermant les yeux, on aurait cru entendre le Sarkozy de 2007 qui voulait « liquider mai 68 », celui de Juillet 2010 qui, dans son discours de Grenoble, liait immigration et insécurité ou celui de 2012 et de sa campagne perdue face à François Hollande. Un Sarkozy qui l’a dit et répété : la sécurité, c’est l’affaire directe du chef de l’État …

Et comme en écho, Emmanuel Macron, devant les députés de sa majorité, à la même heure, l’a martelé : « nous devons rétablir l’ordre républicain » avant de filer visiter un commissariat dans le 18ème arrondissement. Étrange image d’un chef de l’État, que l’on dit faible sur le régalien, et qui rend visite à minuit à des policiers. Une visite en compagnie de Gérald Darmanin, histoire de démontrer tout son soutien à son ministre de l’intérieur, là où Jean Castex, nommé premier ministre, avait réservé sa deuxième visite, le 5 Juillet, au commissariat de La Courneuve sans le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, pourtant encore en poste.

On ne compte plus les visites de Gérald Darmanin aux policiers, les hommages aux pompiers, aux gendarmes. Celle du président hier soir vient conclure la phase de lancement du nouveau chemin : la sécurité pour lutter contre « l’ensauvagement » et « le séparatisme ». La boucle est bouclée et on se demande bien sur quel chemin s’engage l’exécutif. Avec les conseils évidents de Nicolas Sarkozy qui, bien qu’il s’en défende en expliquant que Emmanuel Macron n’est pas un homme sous influence, a mis sa patte dans la constitution de ce gouvernement, avec Jean Castex et Gérald Darmanin, deux de ses proches, et influence évidemment la doctrine de la fin de quinquennat.

Parler comme il l’a fait hier d’identité, de civilisation de l’Occident, de verticalité, c’est évidemment flatter les angoisses, les peurs, une fierté occidentale mal placée et surtout remettre au goût du jour cette question nauséeuse de l’identité française. Qui est évidemment un sujet essentiel, à condition de l’aborder par le bon versant et non pas par le versant « ethnique ».

Réveiller ces sujets sécuritaires, c’est tenter de « siphonner » l’extrême-droite, comme il l’avait fait en 2007 avec un score de 1er tour vertigineux à plus de 30% et comme espère le faire Emmanuel Macron en 2022. Mais, les temps ont changé. La sécurité est-elle la préoccupation fondamentale des citoyens ? Bien sûr, ils sont bouleversés par la barbarie des actes qui ont conduit à la mort du chauffeur de bus à Bayonne, Philippe Monguillot ou de la jeune femme Axelle Dorier. Bien sûr, ils ne supportent plus les agressions verbales ou physiques, les vols, la destruction des biens communs mais en font-ils réellement une priorité dans leur manière de voter ? Le quinquennat de François Hollande a été marqué par la désolation terroriste. Les Français ont il fait de ces drames un thème de campagne ? Ont-ils voté contre un quelconque laxisme ? Non, sinon Marine Le Pen serait présidente.

Il y a donc dans ce discours en stéréo Sarkozy/Macron, à destination de la droite, et qui a vocation à tuer dans l’œuf une éventuelle candidature « Les Républicains » pour laisser le champ libre à Emmanuel Macron, il y a dans ce discours rance une facilité démagogique qui n’atteindra peut-être pas son but car ce ne sera jamais assez pour l’extrême droite et la droite conservatrice, et beaucoup trop pour le centre et la gauche. Et que dire des français qui attendent surtout et avant tout des résultats concrets sur l’économie, le social, le pouvoir d’achat et le chômage.

Il est toujours dangereux de donner un peu plus de corps au discours de ses adversaires, de les légitimer en s’en emparant et en leur donnant un point dans la bataille culturelle. La prédation peut fonctionner comme Nicolas Sarkozy en 2007 mais elle peut échouer lamentablement comme Matteo Renzi en Italie qui a choisi une ligne dure, qui ne figurait pas dans son ADN de départ et s’est fait balayer par Matteo Salvini.

À méditer pour Emmanuel Macron.

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