Image Loopsider / TV - Montage Nos Lendemains.
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Rarement, la vie politique française n’aura semblé à ce point encalminée dans une impasse. Avec deux actualités qui se percutent, s’entrecroisent et provoquent un mini chaos dont on ne voit pas encore très bien la sortie par le haut.

La vidéo d’un producteur tabassé chez lui par 3 policiers a révolté l’opinion. Diffusée par Loopsider, elle est devenue rapidement virale, au point de faire réagir la gauche et les ministres pour dénoncer ces comportements déviants. Emmanuel Macron a même fait savoir « qu’il est choqué », Gérald Darmanin promet une révocation si les faits sont avérés. Fait rarissime, des leaders d’opinion, en l’occurrence deux stars du football, Kyllian Mbappé et Antoine Griezmann, ont diffusé cette vidéo avec des commentaires on ne peut plus clairs : « Stop au racisme » pour Mbappé, « J’ai mal à ma France » pour Griezmann. Une prise de position qui fait couler beaucoup d’encre, entre ceux qui qualifient de « démagogie » ces sorties, et ceux qui applaudissent. Au-delà de ces commentaires binaires, les faits sont têtus : lorsque des stars du sport bougent aussi fort, c’est qu’il se passe quelque chose au Royaume de France. Tweeter sur la mort de George Floyd aux USA, comme l’avait fait Mbappé est, d’une certaine manière, plus « facile » que de tweeter sur un tabassage made in France. Et ces réactions pèsent lourd pour l’exécutif et pour Emmanuel Macron, attaqué personnellement depuis plusieurs semaines par la presse internationale sur la laïcité, mais, plus grave depuis une semaine, sur l’article 24, à l’image de l’incontournable Financial Times qui juge aujourd’hui la loi sécurité globale « illibérale ». Il parait loin le temps où le chef de l’Etat était loué par la presse anglo-saxonne, tour à tour jeune prodige, futur patron de l’Europe, voire chef du monde libre. Aujourd’hui, Macron est critiqué sur tous ses flancs, sur un sujet régalien qu’il s’avère incapable d’aborder, pour le moment avec sérénité et autorité : la sécurité.

Pire : sa majorité se déchire à nouveau sur le fameux article 24, déjà voté à contre cœur par les députés de LREM. L’annonce par Jean Castex d’une commission indépendante pour examiner cet article a mis le feu aux poudres. Illustration avec ce cri du cœur d’Aurore Bergé « Nous ne sommes pas des paillassons sur lequel on s’essuie ». La tension est si forte que même le Président de l’Assemblée Nationale, Richard Ferrand s’oppose officiellement au Premier Ministre sur la question. Ça n’est évidemment pas la première fois que des députés d’une majorité ruent dans les brancards de l’exécutif, et nous gardons tous en mémoire le travail de « destruction » des frondeurs sous le quinquennat Hollande mais c’est la conjonction de ces éléments qui est inquiétante pour la stabilité même de nos institutions.

Car la question est de savoir pourquoi des policiers peuvent ressentir une telle impunité au point d’aller tabasser un producteur noir chez lui ?

Comment un ministre de l’intérieur peut-il céder aux syndicats de policiers au point de faire passer dans une loi globale et mal calibrée un article aussi liberticide que l’article 24 ?
Comment et surtout pourquoi ? Il y a probablement un début de réponse dans le déni, depuis le début, du mouvement des gilets jaunes, déni des violences policières, des mutilations, déni d’un maintien de l’ordre brutal pendant les grèves contre la réforme des retraites. Il s’agissait, non seulement de les dénier mais de stigmatiser, jour après jour, les manifestants en les assimilant des plus en plus aux black blocks qui salissaient systématiquement chaque cortège, tous les samedi et chaque manifs contre les retraites. La réponse de l’exécutif ne s’est faite que dans un sens, à savoir le durcissement du maintien de l’ordre, un peu plus encore, menant à une impasse. Pendant des mois, les mots justes n’ont pas été prononcés, pour des raisons purement électorales et lorsque le Ministre de l’Intérieur de l’époque, Christophe Castaner a réagi, maladroitement, sur les faits de racisme dans la police, il était non seulement trop tard mais les syndicats ont eu sa peau, immédiatement et sans sommation !

Que nous dit la séquence actuelle ? Que le pouvoir est faible face à cette institution majeure qu’est la police, que les conseils de Nicolas Sarkozy à Emmanuel Macron sont dévastateurs, que la course à l’échalote avec Marine Le Pen s’avère désastreuse. Il est encore temps de rectifier le « tir » et il ne suffira pas d’un communiqué en « off » du Président, disant qu’il est choqué par ce tabassage, pour soigner les plaies. Macron tient une occasion de remettre l’église au milieu du village, de rappeler qu’aucun ministère, aucun agent de la force publique n’est au-dessus des lois et que nous sommes une grande République dans laquelle la police, la gendarmerie, l’éducation nationale, la justice sont aux services des citoyens et pas l’inverse. Comme le chef de l’Etat et ses ministres. Cela va sans dire, cela paraît être une évidence mais il est urgent de le rappeler.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Emma

    Difficile pour Macron de rappeler à l’ordre la police alors que son pouvoir ne repose plus que sur la répression. Si les policiers posent le casque, Jupiter est fichu et il le sait.

  2. Paul

    En France dans le pays de la liberté d’expression un journaliste, Guillaume Ledit, qui caricature le Dieu vivant Pascal Praud est viré sans que personne ne trouve à y redire. Où sont tous les « je suis Charlie » ?

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