Manifestation à l'Hôpital Tenon - Capture vidéo Rémy Buisine

Ils n’ont pas pris le temps de souffler. Les soignants sont à nouveau dans la rue. En respectant les gestes barrières évidemment mais ils manifestent à nouveau, comme ils l’ont fait depuis 1 an, avec la parenthèse tragique du covid-19 qui a démontré, non seulement leur héroïsme, leur capacité à se dépasser mais la véracité de tous les maux qu’ils dénoncent depuis l’an dernier : manque de lits, manque de personnels, administration boursouflée, exclusivement obsédée par le règlement et les contraintes budgétaires.

Voilà le gouvernement au pied du mur, condamné à réussir cette réforme de l’hôpital avant de pouvoir espérer franchir la marche suivante. Erreur interdite pour Emmanuel Macron s’il veut espérer même être en mesure de se présenter à un second mandat.

Certains diront qu’ils exagèrent en organisant, dès mardi prochain, des manifestations hebdomadaires pour peser sur les accords de Ségur qui débutent lundi au ministère de la santé.

Et pourtant, ils ont raison de ne pas donner de chèque en blanc à ce gouvernement qui, pour le moment communique beaucoup. On ne crée pas du dialogue social en donnant des interviews au JDD.

Aujourd’hui, les organisations syndicales n’ont toujours pas été convoquées et ne connaissent pas l’ordre du jour de la première réunion de concertation.

Agacées par l’écart entre les effets d’annonce et la réalité. Non, tous les soignants ne toucheront pas la prime exceptionnelle. Son paiement sera laissé au choix des directeurs d’hôpitaux auquel on demande de limiter le nombre de bénéficiaires à un certain pourcentage. C’est douloureux pour les régions les plus touchées, douloureux pour celles qui ont subi une pression moindre mais ont justement aidé les régions submergées par l’épidémie. Tout le monde ou personne aurait été plus juste. Induire un choix, c’est évidemment diviser pour mieux régner et on aurait imaginé une manière plus juste d’entrer en négociation.

Car le chantier est immense et le prendre par le petit bout de la lorgnette des 35h semble dérisoire. D’abord parce qu’elles ont été amendées depuis longtemps dans la plupart des hôpitaux publics. Ensuite parce que le problème, ce ne sont pas les 35h, c’est la baisse du nombre de lits, la baisse de personnel, des salaires indignes, tout cela étant le résultat d’une approche comptable de l’hôpital depuis 20 ans.

Les salaires, c’est certainement par là qu’il faudra commencer. Remettre à niveau ces rémunérations qui ne sont même pas dans la moyenne de l’OCDE, ce qui est indigent pour la 6ème puissance mondiale. Aujourd’hui, une infirmière est embauchée, dans un hôpital parisien, à 1650 euros nets. Pour être au niveau de l’OCDE, elle devrait être augmentée de 30%. Il s’agit donc bien d’un chantier prioritaire car ces salaires médiocres produisent un mal plus profond encore : la perte d’attractivité et la difficulté aujourd’hui, à trouver des médecins, des infirmiers, aides-soignants dans l’hôpital public.

Oui, les soignants veulent des actes et ils ont raison de maintenir la pression sur un gouvernement qui, avant l’épidémie, avait fait obstinément la sourde oreille. Et à ceux qui pensent que le covid a tout changé et que cette fois ci, c’est la bonne, on rappellera cette merveilleuse phrase de Machiavel: Gouverner, c’est faire croire.

Manifestation à l’Hôpital Tenon – Capture vidéo Rémy Buisine

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