Jean-Yves Le Drian au Quai d'Orsay et Ségolène Royal sur BFMTV - Capture vidéo Nos Lendemains
Jean-Yves Le Drian au Quai d'Orsay et Ségolène Royal sur BFMTV - Capture vidéo Nos Lendemains

Alors, Ségolène Royal, il l’a traitée de folle ou pas, Jean-Yves Le Drian ?

Avec sa patte habituelle, Le Canard enchainé a levé un petit coup de vent dans le Landerneau. Les réseaux sociaux se gaussent et finalement le journal Le Parisien vient dire ce qu’il en est aujourd’hui de ce SMS d’une délicatesse de char d’assaut adressé par erreur à l’intéressée par le ministre des affaires étrangères envoyé en mission par le Président de la République pour convaincre une tête d’affiche… de gauche. Il fallait montrer combien ce Gouvernement est équilibré et garde tous ses beaux atours pour la gauche. Certains, les vulgaires, n’y verrons que tentatives piteuses de débauchages.

Le mot « folle » n’a pas été écrit. Dont acte. Passons sur l’acte manqué de Jean-Yves Le Drian, ancien cador de gauche, porté désormais disparu dans le labyrinthe du quai d’Orsay, laminé chez lui là-bas en Bretagne lors des dernières municipales. Son étoile pâlit.

Au-delà des échanges privés mis sur la place publique pour prouver qu’ils ont existé alors que les conseillers du Prince juraient leur grand dieu que jamais telle idée ne fut envisagée, cet épisode guignolesque de la vie politique montre autre chose de plus sérieux : le dilettantisme et l’insincérité de nos dirigeants. L’épisode montre rien moins que les faux semblants des puissants qui règnent plus sur les hommes que sur le pays. Qu’on ne se trompe pas. Le monde politique parle comme cela. La presse nous en fait l’écho suffisamment souvent. Finalement, il parle comme on parle partout ailleurs. En privé comme dans les entreprises. Nous pratiquons tous le même sport privé de la moquerie, de la dénonciation… L’incompétent, le dingue, le suceur, la salope… c’est toujours l’autre. La politique est faite d’individus qui ne sont pas différents et les discussions de cantine ne valent pas toujours plus que les discussions de comptoir.

Une fois cela dit, en nous faisant entrer dans la cuisine du remaniement, le Parisien expose les faiblesses du pouvoir et la réalité des pratiques qui, loin de la disruptive start up nation, emprunte bien plus à la vieille PME familiale à bout de souffle qui cherche le rebond.

Si l’on met de côté le fait que personne ne comprend pourquoi Edouard Philippe a été prié de rentrer au Havre, plusieurs autres éléments posent problème dans ce remaniement.

Qu’on en juge. La constitution donne au Premier ministre le rôle de proposer au Président les ministres ? Fake. Dans la vraie vie, les paroles prononcées par le Secrétaire général de l’Élysée sur les marches du château ne disent pas la vérité. Si l’on en croit les SMS dévoilés, ce n’est pas sur proposition du Premier ministre que les membres du Gouvernement sont nommés mais bien sur proposition du Président de la République pour une bonne part. Tout le monde le sait me direz-vous, et Emmanuel Macron ne fait que continuer ce qui se faisait. Oui !
Oui mais pourquoi continuer d’affirmer officiellement le contraire ? Pourquoi ne pas assumer cette responsabilité à la face du peuple ? Les SMS Le Drian / Royal sont la preuve de l’hypocrisie. Il est temps d’y mettre fin. Le Premier ministre a même du mal à choisir vraiment son Directeur de Cabinet à ce qu’on lit. Autant dire qu’il n’est en effet que le collaborateur d’un Président qui organise tout et contrôle tout. Emmanuel Macron n’est évidemment pas le premier à se jouer ainsi des institutions. Il serait bien qu’il soit le dernier pour qu’enfin la responsabilité politique repose sur les épaules de celui qui décide. Il est temps de changer ces institutions bafouées par ceux-là mêmes qui devraient en être les garants.

Mais surtout, les échanges de messages nous montrent un Gouvernement en train de se faire. C’est encore plus troublant. Tout se passe comme si le Président jouait aux petits chevaux, au hasard des dés, sans vision, ou alors au mépris des ministres. Trois ans après le début du mandat, nous, citoyens de seconde zone, pourrions nous attendre qu’un Président sache où il veut aller, qu’il ait depuis quelques temps déjà réfléchit à l’équipe ministérielle qu’il voudrait pour accompagner le Premier ministre qu’il choisit, en fonction des forces et faiblesses de chacun, de la conviction qu’ils pourraient avoir non seulement à servir le pays mais à développer des politiques particulières. Nous pourrions attendre qu’il ait contacté en direct les uns, discuté du sujet avec ceux qu’il imagine aux postes, fomenter le virage politique… Rien de cela n’apparaît. Au contraire à travers les noms de Johanna Rolland et de Marie-Guite Dufay, respectivement maire de Nantes et présidente de la Région Bourgogne Franche-Comté, nous voyons une chasse de dernière minute au gré de possibles opportunités, nous voyons que faute de grive l’on chasse un merle dans un plan ministériel incertain qui fait la part principale aux calculs de l’image et de la communication.

Passons sur le fait que cela montre des politiques finalement interchangeables, peu soucieux même de cohérence et de sincérité. Nous ne le savons finalement que trop depuis longtemps. Malheureusement 2017 n’a sur ce point rompu en rien avec le passé et l’opportunisme est même une marque assumée.

Que l’on pense à Bruno Le Maire, qui n’avait pas de mots trop durs à l’égard du candidat Emmanuel Macron avant de tourner casaque. Pensons à l’ardéchois Olivier Dussopt, issu de la gauche emmanueliste du PS, qui non seulement ne vota pas la confiance au Gouvernement qu’il allait rejoindre mais défendit, toute honte bue, le budget contre lequel il avait voté la semaine précédent sa nomination du 24 novembre 2017. Au moins Bruno Le Maire applique-t-il la politique économique qu’il défendait sous Nicolas Sarkozy et qu’il promouvait ensuite. Au moins est-il en accord avec la politique qu’il mène. Peut-être y a -t-il ici quelque circonstance atténuante. Mais Le ridicule et l’insincérité sont au coeur de ces comportements désespérant nos concitoyens qui ne voient plus dans ces ministres qu’une cohorte d’opportunistes sans conscience, sans idée, juste intéressés par leur propre sort, les honneurs éphémères des ors ministériels.
Du coup, dans l’épisode Le Drian / Macron / Royal un petit air frais se lève dans le refus manifeste de Johanna Rolland et Marie-Guite Dufay de continuer ce jeu de dupes. Non, elles ne sont pas intéressées par ce Gouvernement, cette majorité. Non pas qu’elles ne veuillent pas être ministres, certainement pas. mais elles ne le veulent pas comme ça, au prix de l’honneur de leur parole et de leurs engagements.

On a les politiques que l’on mérite. Pourtant, au désespoir nul n’est tenu. A Nantes et en Bourgogne Franche-Comté, deux femmes semblent nous montrer que l’on peut encore rester sincère, ne pas vouloir se renier pour les lumières du titre ministériel. C’est heureux. Et dans la touffeur de l’été, tout air frais est le bienvenu. Merci.

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Cet article a 1 commentaire

  1. jocelyne ouang

    Passons à une 6èRépublique il est grand temps de revoir non seulement le rôle de nos institutions mais le mode de désignation des responsables et surtout, surtout restreindre les pouvoirs exorbitants que détient la présidence qui fait de ce pays une monarchie plus royale que les royautés elles-mêmes ! Assez des délires macroniens : NON le peuple ne veut pas d’un Roi !

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