Sophie Pétronin et son fils interviewés par TF1 - Capture Nos Lendemains.
Sophie Pétronin et son fils interviewés par TF1 - Capture Nos Lendemains.

Les deux cris déchirants : « Maman ! Maman » de cet homme sur le tarmac disent tout de la longue nuit cauchemardesque que le fils de Sophie Pétronin a vécu durant quatre ans. Quatre ans d’absence dans le silence de l’angoisse, où tout, évidemment, lui semblait insuffisant, inutile. L’enfant qui a vécu avec la mort en perspective permanente a retrouvé sa mère. Et ces cris sont le message de l’universalisme de l’attachement filial, de cet amour inconditionnel qui unit indéfectiblement. Car la suite nous montre que les retrouvailles ne sont pas que légèreté et oubli de la peur.  Ce qui caractérise chacun d’entre nous resurgit très vite. Sophie Pétronin l’a annoncé, elle veut repartir au Mali. Son fils tente d’y mettre le holla… On verra plus tard… Mais sa vie, peut-être, est là.

Et dans cet épisode, resurgit cette admiration mêlée d’incompréhension, et jusqu’à la suspicion parfois, qui marque l’engagement des humanitaires ou des journalistes qui prennent consciemment le risque de leur vie pour aider les autres, informer. Au lendemain de l’annonce du prix Nobel accordé au programme Alimentaire Mondial (PAM) de l’ONU, il faut le redire : loin d’une « citoyenneté de canapé » (je reprends le mot de notre essai avec Chloé Morin sur la fin des Partis politiques) qui consiste trop souvent à dire sur les réseaux sociaux les petites éructations passagères de son esprit, l’engagement des humanitaires est un engagement physique. Aider l’autre, c’est partager son sort, être à ses côtés Au moins un temps. Et c’est valable aussi bien dans les contrées en guerre que chez nous, où les bénévoles sont nombreux à aller à la rencontre des exclus en prenant de leur temps, en acceptant un engagement qui les éloigne quelques heures – eux – de la chaleur et du confort du foyer. Avec les reporters, ils sont les derniers engagés véritables d’une époque qui répugne au risque et s’enfonce dans l’illusion du « distanciel ».

L’interrogation à l’égard des risques pris est constante. L’otage coupable, voilà la pensée qui frappe les peu de foi. Nous l’avions entendue pour les deux journalistes de France 3, Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, enlevés en Afghanistan le 29 décembre 2009. Alors qu’ils étaient encore en détention, le Président Nicolas Sarkozy lui-même leur reprochait les risques pris. Ce à quoi le ministre Bernard Kouchner avait répondu de façon remarquable qu’ « il y a des risques nécessaires aussi bien pour les journalistes que pour les humanitaires sans lesquels le monde serait différent ! ». Mais Bernard Kouchner, là, parlait d’expérience, de cœur.

Tous ces otages ont payé leur présence où les guerriers et autres terroristes ne veulent aucun témoin et utilisent le désordre, la guerre, le meurtre et l’enlèvement pour régner et s’enrichir. On pense évidemment à l’ethnologue Françoise Claustre enlevée au Tchad le 21 avril 1974 et qui restera otage 33 mois. On pense à Michel Seurat qui laissa sa vie au Liban, enlevé avec Jean-Paul Kauffman. On pense à Philippe Rochot, Georges Hansen, Aurel Cornéa, Jean-Louis Normandin, à tous ceux qui ont souffert dans leur chair de leur engagement… à Maryse Burgot, Florence Aubenas… à la photographe Camille Lepage, assassinée en mai 2014 en Centrafrique. La liste est longue, trop longue, de ces engagements pacifiques martyrisés. Au Niger encore ou 6 jeunes Français de l’ONG Acted ont été assassinés avec leurs deux guides nigérians en août dernier.

Dans d’autres contrées, des défenseurs de l’environnement sont tués aussi au coin du bois. C’est la figure devenue emblématique de Dian Fossey en Afrique pour la sauvegarde des Gorilles. Mais c’est en Amazonie aussi, que l’on assassine les indiens qui tentent de défendre la forêt. La journaliste Manon Quérouil-Bruneel, et la photographe Véronique de Viguerie dont on ne dit pas assez la qualité du travail constant sur tous les théâtres de la folie humaine, nous en ont livré le témoignage il y a un an dans Paris Match, en prenant elles aussi les risques d’y être. Certains des hommes photographiés alors, sont morts depuis. Comment ferions-nous pour savoir, sans elles ? La dernière est Sophie Pétronin. Elle, vit à Gao depuis 2001. Elle s’y est installée pour s’occuper des enfants frappés de malnutrition. Elle n’est pas de passage, connaît parfaitement la situation… Mais elle a fait le choix d’apporter son savoir et son enthousiasme pour la cause qui la meut. Et c’est aussi cet autre message universel que son histoire nous conte une fois de plus.

L’engagement pour les autres jusqu’au possible prix de sa vie change le monde. Nous devrions le saluer sans réserve. Sans ces personnes-là, il n’y aurait par exemple pas de Médecins sans frontières, récompensé aussi par un Prix Nobel de la paix, n’y aurait pas ces oasis d’espérance tous fécondent sur leurs traces. C’est le pari du meilleur.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Rosa

    Surtout , surtout, qu’on ne se méprènne pas ;
    j’ai vu , aux infos, que Macron est allé accueillir celle qui a été qualifiée de  » dernière otage française » ;

    surtout surtout qu’on en se méprenne pas : je suis ravie avec tout le monde , qu’une otage soit de retour ;
    mais pourquoi a t on mis 48h à me dire qu’elle est Suisse ?

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