VTC Uber - Photo Tati Tata - Creative Commons.
VTC Uber - Photo Tati Tata - Creative Commons.

« La France devient un pays d’entrepreneurs » titrait fièrement Le Monde, l’an dernier, avant même l’épidémie de Covid. À l’appui de cet enthousiasme débridé, des chiffres qui claquent comme des preuves du nouveau dynamisme français. En 2019, plus de 800 000 entreprises ont été créées, un bon de 18%, par rapport à 2018. Certes, près de la moitié se limitait au statut de micro-entreprises, soit l’emploi d’une seule personne, le créateur de la société en l’occurrence. Pourtant, c’est là que le bât blesse, au-delà des statistiques qui ne parviennent pas à masquer une cruelle réalité sociale, celles des salariés privés d’emploi, et qui décident d’inventer leur propre outil professionnel de subsistance.

Pas exactement les formes de start-up promises par Emmanuel Macron en 2017. Plutôt de modestes métiers, sur le fil, qui s’apparentent aux petites mains très répandues dans les pays tiers-monde. Deux secteurs expliquent l’explosion apparente de ces créations d’entreprises : les transports individuels et la livraison ; pour être plus précis, les VTC et les livreurs à vélos qui hantent les rues des grandes métropoles. Il suffit, en effet, de se pencher sur les revenus de ces nouveaux auto-entrepreneurs pour comprendre les limites de cette start-up nation portée comme un étendard. Selon l’Acoss, organisme de collecte des cotisations sociales, en 2019, les salaires moyens annuels de ces petits entrepreneurs atteignaient péniblement 5600 euros, soit moins que le revenu de solidarités active (RSA) fixé à 560 euros mensuels.

Auto-entrepreneurs à 3400 euros de revenus annuels…

Logiquement, la crise sanitaire n’a fait qu’aggraver la situation de ces fantômes urbains en quête de marchés, au jour le jour. Déjà faiblement rémunérés, ils ont vu leurs bénéfices fondre comme neige au soleil, passant d’une moyenne de 5600 euros annuels en 2019 à 3400 euros en 2020, soit une perte de 40%. Devant à un tel marasme, François Hurel, président de l’Union des Auto-Entrepreneurs (UAE), alerte : « Il faut aider ceux qui s’y remettent et ne retrouvent pas encore leur niveau d’avant car les entreprises commandent moins et les particuliers ont peur. Ils sont environ 300.000 sur les 1,6 million d’auto-entrepreneurs, qui faisaient plus de 10.000 euros de chiffre d’affaires annuels à titre exclusif. C’est-à-dire, qu’ils ne sont pas salariés par ailleurs, ni retraités ou chômeurs indemnisés, et qu’ils ne bénéficient pas du fonds de solidarité ».

Malgré ce tableau sombre, les emplois free-lance et fragiles devraient poursuivre leur développement. Les sociologues du monde économique expliquent qu’en temps de crises économique, et faute d’intégrer le marché du travail, les salariés privés d’emploi se tournent vers l’auto-entreprenariat. Un phénomène encore plus visible depuis la loi Sarkozy de 2007. Des rêves de réussite souvent déçus, faute de formation initiale, de capital, d’études de marché et de réseau. Isolés face à des problématiques de gestion d’entreprise, ces indépendants précaires sont souvent rattrapés par des carences professionnelles de départ. Ce qui fait dire à Philippe Crevel, spécialiste des questions macroéconomiques, sur le site d’information Atantico.fr : « Il y a une volonté de se réaliser en créant son activité. Le succès n’est pas toujours au rendez-vous mais l’envie est forte en France. Le recours à la micro-entreprise permet à des personnes ayant des problèmes de revenus de se constituer, en toute légalité, un supplément »… Loin, si loin, de la start-up nation rêvée par le candidat Macron en 2017.

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