A l’heure des réseaux parallèles et complotistes, la création d’une superligue européenne de football a de quoi effrayer, et mettre en colère, le petit monde du ballon rond. Certains allant jusqu’à comparer cette coupe aux schismes religieux entre catholiques et orthodoxes, ou entre sunnites et chiites. Pour les ignorants de ce sport collectif, il suffit d’aller sur Wikipédia pour avoir un résumé du tournoi européen parallèle, et même concurrent de la sacrée coupe aux grandes oreilles, la ligue des champions :
« La Superligue européenne de football est un concept de compétition sportive fermée ou semi-fermée entre certains des clubs de football les plus puissants du continent européen. Elle fait l’objet de discussions depuis les années 1990. La Fédération internationale de football association (FIFA) et les six confédérations continentales, dont l’UEFA, rejettent systématiquement la formation d’une ligue dissidente. Le 18 avril 2021, ce projet voit concrètement le jour avec l’annonce par 12 clubs européens d’une compétition privée concurrente de la Ligue des champions de l’UEFA ».

En vérité, une espèce de clubs de riches et biens portants, les mêmes que l’on retrouve systématiquement en quart et en demi-finale de ligue des champions : le Real Madrid, Barcelone, Manchester City, Liverpool, la Juventus de Turin, au total 12 clubs, dont une majorité issus du championnat anglais. Ils en sont les fondateurs, soucieux de rendre encore plus rémunérateur un football, sport populaire s’il en est. Sur le papier, le projet parait limpide, injuste, élitaire, mais bien organisé : Au total 20 clubs se disputeront le titre, répartis en groupes de 10 à partir du mois d’août. Les trois premiers de chaque groupe basculeront directement en quarts de finale, tandis que les quatrième et cinquième seront reversés en barrage. Et à l’instar de sa concurrente la ligue des champions, les matchs se joueront en format aller-retour, sauf la finale. A la clef pour tous les clubs adhérents, un pactole de 3.5 milliards d’euros à se partager, soit le double des montants attribués par l’UEFA.

Mbappé, Messi, Ronaldo absents des compétitions…

Avant même sa création, la Superligue rassemble déjà nombre de détracteurs et de sceptiques. Selon l’économiste du sport, Pierre Rondeau, interrogé sur France-Info, la formule, aussi séduisante soit elle, ne fonctionnera pas, trop disjointe de la réalité sociologique du football. Une forme de championnat européen sous cloche. Pour lui, la messe est déjà dite : « J’ai envie de croire que ces clubs se tireraient une grosse balle dans le pied en tournant le dos à leur histoire et leur palmarès. Après, à la fin, ce qui fera la différence c’est l’intérêt sportif plus que la vision d’un ultralibéralisme. Regardez la prochaine Coupe du monde au Qatar : tout le monde a critiqué ce choix ».
Sans compter les risques pour les grands joueurs de se voir privés d’équipe nationale s’ils rejoignent la superligue. Imagine-t-on Mbappé, Messi, Ronaldo absents des compétitions internationales ? C’est en tout cas, les menaces que laissent planer les instances du foot comme l’UEFA et surtout la FIFA. Au-delà de l’enjeu symbolique, un gros enjeu financier se joue aujourd’hui.

Mêmes doutes du coté des joueurs fidèles à cette organisation des championnats en France, qui ne compte aucun club en Superligue, comme dans le reste de l’Europe. L’anglais Gary Neville, « C’est un acte criminel contre les fans, une honte, ce sont des escrocs. Qu’ils soient sévèrement punis. Des amendes dissuasives, des retraits de points, qu’on leur retire leurs titres ! », Le Français champion du monde Benjamin Pavard, « Ce n’est pas qu’un match sur une manche. Ce sont des émotions indescriptibles en tant que joueur, des souvenirs incroyables en tant que fan. C’est une compétition à laquelle tous les joueurs et tous les clubs doivent pouvoir aspirer s’ils le méritent ». Plus politique, Ander Herrera footballeur du PSG, « Je suis tombé amoureux du foot populaire, du foot des supporters, avec le rêve de voir le club de mon cœur jouer contre les plus grandes équipes. Si cette Super Ligue se concrétise, tous ces rêves vont disparaître. Les riches ont volé ce que les gens ont créé, et qui n’est rien d’autre que le plus beau sport de la planète ».

Pourtant, dans cet océan de désapprobation et de frustration, des institutions se frottent déjà les mains : les bourses. Tous les clubs fondateurs cotés de cette Superligue ont vu leurs cours augmenter en flèche. L’action Juventus de Turin a pris 18%, Manchester United, 6.7%. Preuve de la surfinanciarisation d’un sport populaire devenu une machine à engranger d’énormes dividendes, par la spéculation. Dans une allégorie toute de nostalgie, le magazine So Foot écrit, à l’encre lacrymale : « Les dernières illusions s’envolent. Les communions d’antan aussi. Le sceau est brisé, le pacte déchiré. De l’autre côté du miroir, douze clubs contemplent une réalité annexe, dont ils ne veulent plus faire partie. Juste la fin d’un monde ».

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Cet article a 1 commentaire

  1. Semaoune

    Super article sur le foot, comme je les aime. Merci à toi :).
    Et vive le PSG qui assume ne pas participer à ce désastre 😉

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.