Valérie Gayole.

Je m’appelle Valérie Gayole. J’ai 53 ans.
Je suis actuellement Aide Soignante au SSIAD (Service de Soins Infirmiers à  Domicile) du petit village de Loures Barousse dans les Hautes-Pyrénées et Assistante de Soin en Gérontologie.
Je suis aussi également élue dans la commune de Nestier (170 habitants). Mon travail s’exerce dans une zone rurale et montagnarde. Bien sûr, notre département est classé vert sur la carte mais il faut d’abord savoir que nous avons reçu 125 000 masques pour l’ensemble du département, où vivent environ 230 000 personnes.

Face à cette pénurie qui s’annonce, nous ne nous sommes pas découragés. Les maires des petites communes rurales en ont commandé de leur côté et mon village 2 infirmières à la retraite ont commencé à en fabriquer de leur propre initiative. On en est à 250 masques tissus. Et même pour ce petit chiffre qui peut vous paraître ridicule à la dimension de Paris, il a fallu faire preuve de solidarité dans les moindres détails. Par exemple, le Maire nous a soutenu en lançant des Sms aux habitants pour récupérer les tissus et les élastiques. En fait, les petites mains ont étaient bien plus réactives que les élus.
Et aujourd’hui, j’ai envie de dire « De qui qui se moque t-on ? ». 

Je suis partie travailler sans masques. Nous avons remis en question notre façon de travailler, réorganisé les protocoles de soins. Et  nous avions 3 masques FFP2 et quelques surblouses pour nous toutes, si et seulement si  il y avait suspicion de Covid 19.  Les informations sur la forme de transmission., l’immunité, la protection changeait tous les 3 jours. On inventait, on philosophait, on était très en colère. On se sentait abandonné par tous, médecins, pharmaciens, kiné, hôpital public, dentistes etc… Tout le monde donnait le sentiment de se moquer de ce que nous pouvions ressentir et affronter dans notre contact avec les malades et les personnes âgées 

Mais, j’ai compris au fil des semaines que eux aussi faisaient de leur mieux, eux aussi étaient en colères, eux aussi se sentaient aussi seuls que nous. Je voulais dire qu’aucune de nous ne fait ça pour l’argent. Nos salaires sont gelés à 9,56€ net de l’heure depuis des années. Alors c’est vrai que je serai heureuse avec la « carotte » de 500 euros mais est ce que ce sera suffisant pour réparer tout ce qui ne va plus depuis longtemps ? 

Aujourd’hui, mon second fils a 11 ans.
Il travaille bien à l’école via internet mais il lui tarde de reprendre pour revoir les copains. Une enquête reçue par mail de l’école me demande si je souhaiterai remettre mon fils à l’école. Oui/non/les conditions. Eh bien NON, Lilian n’ira pas à l’école et je ne suis pas rassurée. Je pense que l’État manque de sérieux. Je trouve qu’il n’y a pas assez de moyens. Les protocoles sont incompréhensibles. Tout est ficelé de bric et de broc. Je ne prendrai pas cette responsabilité. Dans le doute, je m’abstiens.
Car imaginons une Aide-Soignante qui travaille à risque et son fils qui redevient  à risque à l’école. 2 vecteurs du virus, pour la famille et pour le village, c’est trop !

Aujourd’hui, on est un peu plus familiarisé à cette situation pesante. Et du coup, je vois de plus en plus de voitures, de personnes dans les rues. Y-aurait-il une forme de relâchement à l’annonce du déconfinement ?
Y-a-t-il un risque ?
Y-avait-il un risque ?
Y aura t il un retour du virus ?
Faudra t il vivre 9 mois sur 12 avec des masques ?
Malgré ces sentiments, peur, doute, insécurité il y a eu de bons moments :
Moins de consommation, famille retrouvée.  
J’aime la chaleureuse distance que je partage avec les patients, dans le respect de leur dignité mais aussi de leur famille.
Je m’oriente vers des soins moins médicamenteux, avec plus de gym douce, de chant, d’arthérapie. En ce sens, cette pandémie nous oblige à changer.

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