Le Tour de France-en Bretagne, le 11 juillet 2018 Lorient Quimper - Photo ©️ Daniel Perron.
Le Tour de France-en Bretagne, le 11 juillet 2018 Lorient Quimper - Photo ©️ Daniel Perron.

Il y a peu de chance que vous en entendiez parler ailleurs qu’en Bretagne. Mais ici c’est une affaire grave.

Peut-être parce qu’ici le vélo est la deuxième religion historiquement révélée après la plus ancienne religion catholique. Peut-être parce qu’ici sont les racines et les vies des noms aussi illustres de Jean Robic, Louison Bobet et Bernard Hinault à eux seuls vainqueurs 45 étapes et de 9 Tours de France. Peut-être parce que d’autres noms, grands équipiers professionnels ou grands cyclistes amateurs d’une époque ancienne qui s’éloigne comme Ronan Pensec, Laurent Madouas, Philippe Leleu, Les Botherel, Bertin, Champion, Hervé… font partie de notre patrimoine cycliste à divers titres et niveaux, et que nous connaissons aujourd’hui l’équipe Arkea-Samsic, les Gaudu, Barguil… que le cyclisme féminin fait partie du paysage normal désormais… Que Plouay est devenu un haut lieu mondial du vélo… Que la région est un terrain propice aux courses dures et animées… qui font rêver nombre d’enfants qui assistent les week-end aux courses dans leurs communes ou devant les écrans TV. Bref, pour toutes ces raisons au fond, le refus de la ville de Rennes d’accueillir le départ du Tour de France 2021 au nom de l’écologie résonne ici comme une faute sinon un outrage.

De quoi s’agit-il ? Sous la pression des élus verts de sa majorité, la maire de Rennes a refusé la proposition du Président de Région Bretagne Loïg Chesnais-Girard que Rennes soit la ville de départ du Tour 2021 après que Copenhague a choisi de reporter à 2022 cet événement. La vice présidente du groupe écologiste de la municipalité, Valérie Faucheux, adjointe aux mobilités a justifié le refus de son groupe avec des motivations dures. D’une part, le Tour polluerait. La gestion des déchets serait problématique, et la caravane serait anti-écologique. D’autre part, l’évènement poserait problème au niveau du financent public. Pire, dans une envolée dont on peine à comprendre le sens politique, elle affirme en terre bretonne : « C’est une course qui a eu son temps, mais qui peine à se renouveler ».

Dire que ce choix est contesté et contestable du point de vue breton est faible. Le Télégramme et Ouest France ne se sont pas trompés en relayant les paroles de Bernard Hinault et de Stéphane Heulot qui ont dit leur écœurement. Le Quintuple vainqueur du Tour n’a jamais été avare en coups de colère salutaires. La sanction est donc tombée, sèche comme un démarrage en col : « Elle ferait mieux de réfléchir avant d’ouvrir sa gueule ». C’est dit et bien compris dans le Landerneau. Plus disert d’habitude, le dernier porteur breton du maillot jaune, le rennais Stéphane Heulot, n’en revient pas non plus : « J’ai honte pour mon département ». Il va plus loin, dénonçant le mépris de la métropole rennaise à l’égard du cyclisme qui ne soutiendrait pas ce sport parce qu’il ne serait pas un sport collectif.

Brest n’en demandait sans doute pas tant. La ville finistérienne sera la ville départ. Et la Bretagne aura ses étapes avec, n’en doutons pas, un engouement énorme du public, jamais démenti ici. Il faut être allé à Plouay ou Mur de Bretagne pour savoir ce que c’est ici que la passion du cyclisme.

Passons sur le caractère financier de l’évènement. Peut-être l’argent public n’aurait-il pas à entrer dans l’organisation d’une événement tenu par une entreprise privée. Mais cela se discute au regard des retombées attendues pour la ville en termes de publicité et d’activité sur les deux jours que cela représente. Mais ce qui choque, c’est la méconnaissance et le mépris affichés à l’égard d’un sport roi en Bretagne et des évolutions qu’il a connues. Sur la pollution, les déchets dont il est question sont désormais gérés.

Concernant les coureurs : pour les bidons, cela fait longtemps qu’ils sont ramassés par le public. Désormais même de très nombreux coureurs ciblent l’abandon du bidon vers des groupes d’enfants ou autres fans trop content de profiter du souvenir. Pour les autres déchets, le règlement de l’Union Cycliste Internationale est clair. Il est interdit aux coureurs de se débarrasser « sans précaution d’aliments, de musettes, de bidons, de vêtements etc. en quelque lieu que ce soit » et « si des zones de déchets ont été mises en place par l’organisateur, le coureur doit déposer ses déchets en toute sécurité exclusivement dans ces zones, en se rapprochant des bas-côtés de la chaussée ». C’est ce que font aujourd’hui tous les organisateurs de grandes courses. Se renseigner à cet égard n’est pas difficile.

La caravane du Tour, elle, évidemment publicitaire, n’est plus le déversoir anarchique d’antan. Désormais les babioles publicitaires sont aussi données par ciblage au public qui jalonne le parcours. S’il y a déchets, donc, c’est peut-être bien plus du fait des spectateurs qui peuvent parfois se montrer peu civiques pour leurs reliefs de pique nique mais faut-il refuser un événement à ce titre ? Dans ce cas, tout événement sportif ou musical pourrait être remis en cause du fait des désagréments qu’il peut provoquer en marge de sa tenue.

L’argument de l’événement obsolète est lui beaucoup plus étrange, comme si les écologistes rennais n’avaient pas conscience de l’impact pour la pratique du sport des grands événements de ce type. Comme Roland Garros peut inciter à jouer au tennis, comme la Coupe du Monde de football féminin peut encourager les filles à se lancer dans un sport trop connoté masculin… le Tour de France est le principal événement promotionnel pour la pratique du vélo. En entrainant à la pratique, il entraine aussi aux changements d’usage de la voirie. La phobie écologique du barnum qui suit le Tour est, elle, à interroger au regard d’autres événements de ce types qui nécessitent aussi de grandes consommations d’énergie ou des déplacements multiples qu’ils génèrent.

Il est d’ailleurs étrange que les élus écologistes rennais n’aient pas mis en perspective leur refus avec l’acceptation de la ville de Copenhague qui, sans doute, a des choses à leur apprendre en terme d’écologie pratique. Copenhague est en effet souvent dénommée la capitale mondiale du vélo pour l’emprise énorme qu’à ce mode de déplacement dans ses rues. C’est aussi une ville qu’il est difficile de ne pas qualifier de verte pour ses engagements environnementaux. C’est cette ville qui accueillera donc un évènement qui, selon les écologistes rennais, aurait un « impact environnemental désastreux » et serait obsolète.

Au regard de ces prises de position pour le moins caricaturales, on ne doute pas que Rennes devienne capitale française du vélo. Cette majorité municipale à six ans pour racheter ce qui est, à moins d’un an des élections régionales, une faute politique aux yeux des Bretons.

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Cet article a 5 commentaires

  1. Thierry

    Mouais …….sans être un fan des écolos, le Loïg Chesnais-Girard en question est une p… arriviste au possible. C’est du vécu. Quant au cyclisme, faut relire Albert Londres qui déjà en 1920 en dénonçait le dopage institutionnalisé. Donc, faire du vélo, pourquoi pas, mais le TdF ….faut pas pousser Mémé où vous savez….

  2. Yann

    Le pire c’est que c’est vrai. Le tour de France est une calamité écologique et environnementale entre autres désagréments. Bravo a la municipalité de Rennes pour son courage.

  3. Franck Dupland

    Très franchement je pense que le mépris manifeste des bobos écolos (écologie politique), très majoritairement urbain, pour tout ce qui peut plaire au « petit peuple » (grand rassemblement sportif entre autres) les poussent à ce genre d’absurdité.

  4. Vernel Robert

    Comment a-il-dit : ferme ta gueule.Qu’ajouter ?
    Avec les écologistes, là,on se rend compte que ce sont des hurluberlus.
    Ils n’ hésitent pas à s’allier à la droite ,pour disposer d’un strapontin au soleil,responsable majeure de la pollution tant ils sont avides de milliards

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