Nathalie Gaglio, guide conférencière et photographe à Nice.

Nathalie Gaglio vit à Nice . Elle a 55 ans, elle est guide conférencière et photographe. Elle nous raconte son épidémie a elle, dans un secteur durement frappé, celui du tourisme.

Récit

J’ai été mise à l’arrêt le 13  et confinée dès le 16 mars. J’ai donc choisi de rejoindre  ma mère Genevieve, 90 ans veuve de mon père, depuis avril 2019, et ma fille Julia, 20 ans qui vivent ensemble depuis septembre dernier dans un grand appartement niçois de l’hypercentre, où chacune a sa chambre. Un lieu idéal, fait de grands volumes et de balcons au soleil.  

Ma fille  ayant décrété notre vie ensemble invivable ou trop surveillée, surtout pour sa terminale, elle avait choisi de s’exiler chez sa grand mère. Je suis donc arrivée dans leur univers avec le chat, redoutant un peu la cohabitation. Mais ça s’est fait au jour le jour, plutôt harmonieusement, ayant la grande chance  d’habiter à deux pas de chez ma mère. Quand la tension montait un peu trop, j allais dormir et respirer chez moi deux jours, à regarder docs d’art, d’histoire etc jusqu’à pas d’heure, ou séries sur Netflix (self-made) et Canal, à rêvasser au plafond sur la période, à éviter les messages en boucle des tv, et radios. Je me nourrissais avec des conférences de Michel Pastoureau, historien des couleurs, des animaux, de l’héraldique et du moyen-âge. Je retrouvais aussi mon professeur Martin Aurell, toujours aussi passionné 35 ans après, me parlant d’Alienor d’Aquitaine.

J’ai rangé un peu, fait de bonnes choses à manger, mené ma barque et eu des conversations très profondes avec certaines de mes amies, devenues plus proches que jamais dans ces temps suspendus, mais aussi dans l’action, surtout pour la vie autour de maman, courses dans le quartier ou plus loin, RDV médecin. C’était très intéressant et finalement, cet arrêt fut même rigolo et très reposant.

Le chat nous a offert fin mars une frayeur magistrale, tombé en vol plané du 4ème étage, se prenant pour une tourterelle et… sauvé par les fils à linge au 1er, il s’en est sorti, recousu, mais pas tordu, avec un syndrome du « chat parachutiste ».

Nous  avons aussi vécu les masques, j ai prêté ma machine à coudre à une amie, donné des tissus et deux mètres d’élastiques à culottes trouvé dans la boîte à couture. Et la je me suis dit « Maman revit la guerre, n’est ce pas ? », 2m d‘élastique contre 4 masques faits maison… Finalement le troc est devenu important, facile et utile. Quand  il n’y a plus rien, on retourne à la débrouille pour le bonheur de tous.

J’ai remis des plantes sur les balcons ensoleillés et on a décidé de planter tomates et courgettes.

Ce temps m’a fait du bien.

Cela fait 16 ans que je travaille en tant que guide et conférencière : visites  guidées terminées et c’est fermé  jusqu en septembre au moins ; mon complément de salaire avec excursions pour croisières, Villefranche, Cannes, Monaco, conventions et congrès, c’est mort; l’anglais au placard.

C’est ça «  la vie n’est qu’impermanence », tout peu changer radicalement à n’importe quel moment. Il faut juste être prêt.

Plus  de Festival de Cannes,  pas de grand prix de Monaco, plus de tax Free, pas de jazz cet été, c’est mort. Mais  j’ai une grande chance, une grande bonne fortune grâce à cet emploi pérenne . Mon  salaire est maintenu contrairement  à mes collègues indépendantes, auto-entrepreneurs  qui se battent  pour sauver 3 sous et qui déploient créativité et abnégations car c’est la lutte, le secteur tourisme culturel et événementiel est à l’arrêt.

Alors je me suis inscrite sur une liste de volontaires bénévoles : j’ai fait la distribution des masques pendant 8 jours, rencontrant  de magnifiques personnes venus d’horizon et de contrées variées, dans une très bonne ambiance et peu de râleurs (masques roses … et oui M. lerose ça protège !  ) la bienveillance était de mise. La seconde mission de volontariat est de faire respecter ces gestes « barrières » dans le tram et les transports, dans des quartiers moins classes et dans la vraie vie ! Je reprends aussi au bureau, j’ai rejoint « l’inventaire » d’une grande institution sur le bâti urbain de la ville. C’est un grand défi. J’ai fait beaucoup de photos partagées sur FB et Instagram, porteuses d’espoir. Finalement, on peut changer… Si tous les gars du monde voulaient bien enfin se donner la main. En fait, nous vivons une époque formidable.

Nathalie Gaglio, guide conférencière et photographe.

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