Donald Trump à la Maison Blanche avant un point presse sur les vaccins anti-covid le 13 novembre 2020 - Photo White House.
Donald Trump à la Maison Blanche avant un point presse sur les vaccins anti-covid le 13 novembre 2020 - Photo White House.

Seize jours après avoir été annoncé vainqueur de l’élection présidentielle par les médias américains, le président élu Joe Biden, qui l’emporte avec plus de six millions de voix d’avance dans le vote populaire à ce stade (79.823.247 contre 73.792.412 à son adversaire), a donc obtenu par courrier le feu vert d’Emily Murphy, directrice de l’Administration des Services Généraux (GSA), pour la transition gouvernementale. Il va recevoir le budget de plus de six millions de dollars alloué au processus de transition et pouvoir enfin entrer en contact avec les responsables des différents départements et agences du gouvernement, afin de disposer d’informations confidentielles essentielles au bon fonctionnement de la future administration. Il était temps.

La lettre qu’Emily Murphy a adressée au futur pensionnaire de la Maison Blanche pour lui donner les coudées franches mérite le détour.  Elle affirme ne pas avoir été sous influence. « J’ai consacré une grande partie de ma vie d’adulte au service public et je me suis toujours efforcée de faire ce qui est droit. Sachez que j’ai pris ma décision de manière indépendante, sur la base de la loi et des faits. Je n’ai jamais subi de pressions directes ou indirectes de la part d’un représentant du pouvoir exécutif, y compris ceux qui travaillent à la Maison Blanche ou à la GSA – en ce qui concerne le contenu ou le moment de ma décision. Pour être claire, je n’ai reçu aucune instruction pour retarder ma décision », explique Emily Murphy. Pourquoi donc avoir fini par donner les clefs ? « En raison des derniers développements concernant les recours légaux et la certification des résultats des élections ». Mieux vaut tard que jamais.

La directrice de la GSA précise par ailleurs qu’elle n’a pas été guidée par la peur ou la partialité, mais qu’elle croit fermement que le statut de l’administrateur de la GSA exige que celui-ci vérifie et non impose le président élu apparent. Surtout, elle déplore qu’une agence « chargée d’améliorer l’approvisionnement fédéral et la gestion immobilière » se retrouve au-dessus du processus électoral constitutionnel : « J’exhorte le Congrès à envisager des modifications de la loi ». Une recommandation lourde en guise de conclusion.

En réalité, compte tenu de la tournure que prenaient les événements sur le front juridique, et confronté une la pression grandissante y compris dans son propre camp, Trump avait le choix entre continuer de faire le cirque en mode complotiste, jouer le blocage jusqu’au vote des grands électeurs, le 14 décembre, et faire obstruction à l’équipe Biden en attendant. Ou entrouvrir la porte et permettre la transition. Histoire de pouvoir se targuer, plus tard, quand il sera dans l’opposition au nouveau Président des US, d’avoir eu le souci de l’avenir du pays alors que l’élection lui avait été volée.

C’est par deux tweets postés au cœur de la nuit française que Donald Trump a donné le top tant attendu par près de 80 millions d’Américains. Du bout des doigts, le rescapé de la CoViD a commencé par remercier Emily Murphy (qui a, selon lui, été harcelée, menacée et maltraitée) pour son dévouement et sa fidélité « inébranlables ». « Combattez, et j’y crois, nous vaincrons ! Néanmoins, dans l’intérêt de notre pays, je recommande qu’Emily et son équipe fassent ce qui doit être fait en ce qui concerne les protocoles initiaux et j’ai dit à mon équipe de faire de même », a écrit le Président battu et qui ne veut toujours pas le reconnaître. Loin de concéder une quelconque défaite, il a à nouveau dans la nuit publié un message pour dire en substance que la bataille juridique continuait face à l’élection la plus corrompue de l’Histoire. On n’a pas fini de l’entendre. 73 % de ses électeurs le croient, selon un sondage CNBC/Change research.

Pourtant, la journée d’hier a été marquée par une nouvelle défaite judiciaire pour le sortant : la Cour suprême de Pennsylvanie a rejeté sa requête visant à bloquer le comptage de milliers de votes postaux pour des raisons techniques. Peu de temps avant, le comité de validation des résultats de l’État du Michigan avait approuvé la confirmation de ceux de l’élection du 3 novembre, après la Géorgie la semaine dernière.

Biden et Harris, eux, n’ont pas attendu pour se mettre au travail avec les moyens du bord. L’équipe qui aura le destin des États-Unis en main pour quatre ans, et dont l’action sera sanctionnée par les élections à mi-mandat en 2022, avec le renouvellement des députés et d’une partie des sénateurs, commence à se dessiner. Les premiers noms révélés par Associated Press, issus de l’école Obama pour beaucoup, sont annonciateurs d’un changement radical : « Le nouveau cabinet de Biden marque un retour à une approche plus traditionnelle de la gouvernance, s’appuyant sur des décideurs politiques chevronnés dotés d’une expertise approfondie et de relations solides à Washington et dans les capitales mondiales ». Ça tombe bien on en rêvait. D’ailleurs, comment te dire…

Antony Blinken, francophile, ami de la France et de l’Europe, chantre du multilatéralisme, a été choisi par le président élu pour diriger les Affaires étrangères. L’ancien secrétaire d’État John Kerry prendra les rênes de la lutte contre le changement climatique. Janet Yellen, qui dirigeait la Réserve fédérale sous Obama, deviendrait le première femme secrétaire au Trésor. L’avocat Alejandro Mayorkas sera nommé secrétaire à la Sécurité intérieure et Linda Thomas-Greenfield ambassadrice auprès des Nations Unies. Avril Haines, ancienne directrice adjointe de la CIA, sera la première femme directrice du Renseignement national. Mais pas la dernière ?

La route est encore longue jusqu’à « l’Inauguration Day », le 20 janvier :  le jour où Joe Biden, accompagné de sa vice-présidente Kamala Harris, prêtera serment sur la Constitution américaine et sur la Bible. Avant cette date, le 5 janvier, le président élu saura si oui ou non les démocrates, qui ont conservé la majorité à la Chambre des représentants, prennent le contrôle du Sénat. Tout se jouera finalement en Géorgie lors d’un scrutin où seront adjugés les deux sièges de sénateurs de l’État. Pour l’instant, les Républicains ont 50 sièges et les dem 48. Si les deux démocrates l’emportent, le Sénat sera à égalité 50-50 et la vice-présidente élue Kamala Harris aura le vote prépondérant. En piste pour le camp démocrate, le révérend Raphael Warnock, successeur du Dr. Martin Luther King Jr. à la chaire de l’église baptiste Ebenezer, à Atlanta, irrite le camp républicain : on lui reproche un usage de la religion dévoyé au profit d’un anarchisme dangereux pour les ouailles. Le vainqueur pourra toujours dire que Dieu a reconnu les siens.

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Journal de la présidentielle

Lundi 19 Avril  -La « drague » sans vergogne d’Emmanuel Macron – Tout est irritant dans l’interview du chef de l’État accordée aujourd’hui au Figaro. Le moins grave

Lire plus »

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.