Donald Trump en visite au cimetière américain de Suresnes, lors du Centenaire de l'armistice, le 11 Novembre 2018 - Photo Officielle de la Maison Blanche par Shealah Craighead.
Donald Trump en visite au cimetière américain de Suresnes, lors du Centenaire de l'armistice, le 11 Novembre 2018.
Photo Officielle de la Maison Blanche par Shealah Craighead.

Ça va faire mal et il le sait. À deux mois de l’élection présidentielle américaine, le 3 novembre, les propos prêtés à Donald Trump par Jeffrey Goldberg, rédacteur en chef de « The Atlantic », magazine mensuel culturel né en 1857 à Boston, sont en train de bousculer la campagne présidentielle américaine.

On se souvient du comportement étrange du président des États-Unis lors de sa venue en France en novembre 2018 pour participer aux commémorations de la fin de la Grande Guerre. Supposé se rendre au cimetière américain du Bois Belleau, où reposent des soldats US tombés durant la deuxième Bataille de la Marne, notamment ceux du corps des Marines, il avait annulé ce déplacement au dernier moment. Raison officielle invoquée : la météo, très mauvaise, qui empêchait son hélicoptère d’atterrir.

Jeffrey Goldberg a provoqué un séisme en livrant deux ans plus tard une histoire bien différente. « Trump a rejeté l’idée de la visite parce qu’il craignait que ses cheveux ne se décoiffent sous la pluie et parce qu’il ne croyait pas qu’il était important d’honorer les Américains morts à la guerre ».

Un cimetière rempli de « losers »-« suceurs »

Le journaliste rapporte que lors d’une conversation le matin même de l’hommage prévu, Trump aurait déclaré : « Pourquoi devrais-je aller dans ce cimetière ? Il est rempli de losers ». Goldberg dit avoir reçu le témoignage de quatre personnes ayant une connaissance « de première main » de la discussion ce jour-là : « Dans une conversation séparée au cours du même voyage, Trump a qualifié les plus de 1.800 marines qui ont perdu la vie au Bois de Belleau de suceurs pour avoir été tués ». Goldberg rappelle qu’il avait déjà dérapé sur ce terrain en parlant de John McCain, emprisonné pendant cinq ans au Vietnam, et qui n’était pas un héros.
« J’aime les gens qui n’ont pas été capturés », avait-il déclaré.

Fou furieux, Trump crie à la calomnie et au « canular ». Il a tweeté que le mensuel avait sorti cette affaire pour gagner en pertinence parce qu’il était en train de mourir « comme tous les magazines ». Le président américain s’est même fâché avec son média chouchou, Fox News, chaîne réputée pro conservateurs, voire d’extrême droite, et a demandé la tête de la journaliste qui a confirmé en partie les révélations de Jeffrey Goldberg.

Quiconque est allé au Vietnam « est un crétin »

Jennifer Griffin, chargée de traiter les questions de Sécurité nationale pour Fox News, a en effet publié une série de neuf tweets sur l’affaire. Elle cite deux anciens hauts responsables de l’administration Trump selon lesquels celui-ci avait refusé de se rendre en voiture au cimetière, à un peu plus d’une heure de route. Elle tweete aussi et notamment que Trump aurait confessé que la guerre du Vietnam était une guerre stupide. « Quiconque y est allé est un crétin », aurait lâché le candidat républicain.

La chaîne, qui défend la journaliste, a indiqué que des sources contestaient que Trump ait annulé la visite du cimetière par mépris des anciens combattants tués. L’une d’entre elles soutient même que le président était contrarié de ne pas pouvoir se rendre à Belleau, qu’il n’a jamais traité les soldats morts de « losers » et qu’il n’a pas eu peur de l’effet de la pluie sur sa mèche, puisqu’il l’a exposée aux larmes du ciel à l’occasion d’un autre événement durant ce voyage officiel.

L’ancien conseiller à la sécurité nationale John Bolton, pourtant féroce avec Trump aujourd’hui et auteur d’un mémoire cinglant sur son passage à la Maison Blanche, le défend sur ce point dans ce texte et justifie cette décision par les règles de sécurité drastiques entourant le chef d’État américain. Il écrit : « Samedi, je me suis rendu à la résidence de l’ambassadeur américain, où résidait Trump, pour l’informer avant sa rencontre bilatérale avec Macron. Le temps était mauvais, alors Kelly et moi avons parlé de l’opportunité de se rendre comme prévu aux monuments du bois Belleau et aux cimetières américains voisins où de nombreux morts américains de la Première Guerre mondiale ont été enterrés ».

Une décision de John Kelly ?

Fox News évoque également d’autres sources selon lesquelles la décision d’annuler le déplacement au cimetière aurait été prise par le chef de cabinet de la Maison Blanche, John Kelly, lui-même ancien Marine, et son assistant Zach Fuentes. « Mais un ancien haut responsable de l’administration Trump qui se trouvait en France en voyage avec le président en novembre 2018 a confirmé d’autres détails entourant ce voyage », raconte Fox. Selon son témoignage, Donald Trump « roule beaucoup. Les autres dirigeants mondiaux se sont rendus aux cimetières. Il ne voulait tout simplement pas y aller ». Il ajoute que le chef de l’État américain était de mauvaise humeur et en colère après Emmanuel Macron. On avait en effet remarqué comme une tension dans la relation entre les deux hommes durant ce week-end ponctué de cérémonies et le président US avait donné l’impression de faire bande à part.

Cette affaire a bien sûr déclenché une indignation devenue virale. Les familles des anciens combattants de toutes les guerres, y compris celles du Vietnam et d’Afghanistan, clament haut et fort, via des vidéos et réactions sur les réseaux sociaux, que leurs enfants, pères, grands-pères morts au combat n’étaient pas des losers mais des héros.

Entre les différentes déclarations qui confirment ou infirment les états d’âme de Donald Trump au matin de ce samedi 10 novembre 2018, difficile de se faire une religion. Ce qui est certain, c’est que le Président des États-Unis, déjà mis en difficulté par sa gestion fantaisiste de la pandémie de Covid-19 qui a dévasté le pays et fait 188.540 morts à ce stade, doit regretter, quoiqu’il ait vraiment dit, de ne pas s’être mouillé pour aller voir de près les 2.289 stèles du cimetière américain de Belleau.

Donald Trump prend la pose lors lors du Centenaire de l’armistice, le 11 Novembre 2018.- Photo Officielle de la Maison Blanche par Shealah Craighead.

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Cet article a 1 commentaire

  1. THEOBALD

    Les ennuis de nos chefs d’Etats seraient moins nombreux, si ceux-ci s’exprimaient moins en public, se déplaçaient moins et laissaient parler leurs ambassadeurs pour les représenter et négocier.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.