Ubisoft à Montréal - Photo Nicolas Nova - Creative Commons
Ubisoft à Montréal - Photo Nicolas Nova - Creative Commons

Ubisoft fait sa révolution post-MeToo. Début Juillet, Libération révélait une vingtaine de témoignages d’employés d’Ubisoft accusant plus de 10 grands managers de harcèlements ou d’agressions sexuelles et décrivant une atmosphère de travail toxique pour les femmes au sein de l’entreprise française, leader mondial du jeu vidéo. Il était alors difficile d’imaginer la réaction et la direction prise aujourd’hui par l’entreprise, tant les créatifs les plus hauts placés avaient auparavant multiplié « remarques sexistes, harcèlements et agressions sexuelles en toute impunité », protégés par une culture du silence et un barrage des ressources humaines, selon Libération.

Pourtant ce dimanche, Yves Guillemot, le Président d’Ubisoft a tranché dans le vif. Quelques heures avant la grande conférence de présentation des nouveaux jeux de l’année, l’entreprise annonçait un remaniement spectaculaire de sa direction et promettait des « changements majeurs dans sa culture d’entreprise ». Précisément, le numéro deux « Serge Hascoët a choisi de démissionner de son poste de ‘Chief creative officer’, avec effet immédiat. Ce rôle sera assumé dans l’intérim par Yves Guillemot, PDG d’Ubisoft ». « Yannis Mallat, le dirigeant des studios canadiens d’Ubisoft, quitte ses fonctions et la Société avec effet immédiat » annonce aussi la société qui ajoute que la DRH Monde Cécile Cornet, « a décidé de démissionner de ce poste et ce dans l’intérêt de l’unité du groupe ».

Les accusations portées contre Serge Hascoët et surtout son entourage décrivait en effet une atmosphère de travail où le cool et le talent créatif autorisent certains hommes à bien des abus. « Les jeux vidéo c’est fun, on peut tout faire, rien n’est grave » tel semblait être le slogan de l’équipe éditoriale menée par Serge Hascoët. À tel point que ces « talents », qu’il s’agissait de retenir à tout prix, avait créé pour les femmes cibles et quelques hommes un climat de travail toxique. Bien éloigné des valeurs progressistes et humanistes qu’Ubisoft affiche publiquement.

Yves Guillemot aura rapidement compris qu’avec #MeToo nous avons changé d’ère.

L’entreprise de jeu vidéo s’adresse à la jeunesse et cette génération ne peut admettre des comportements qui paraissaient cool dans les années 80/90, quand bien même ils permettaient de perpétuer une domination masculine séculaire en faisant des femmes, un objet, une chose avec laquelle on joue.
Fini de jouer donc. Même si elle est prise sous la contrainte du scandale, il faut saluer cette prise de décision.

Certes ces derniers mois, l’étoile de Serge Hascoët avait pali. Alors que le créatif a accompagné la transformation d’Ubisoft de petit éditeur en un géant mondial valorisé plus de 9 milliards d’euros, il avait dû faire face à la restructuration de son équipe créative après l’échec du jeu Ghost Recon Breakpoint en janvier dernier. Ubisoft avait alors annoncé une plus grande autonomie créative des équipes éditoriales placées sous la direction de Serge Hascoët.

Il n’en demeure pas moins qu’Ubisoft a choisi de tenir compte du changement culturel qui est à l’œuvre depuis plus de 10 ans qui a culminé avec le mouvement #MeToo et #BalanceTonPorc.
«Moi, c’est quand j’ai entendu les témoignages de l’affaire Baupin que j’ai réalisé que ce que je subissais, c’était du harcèlement sexuel», explique ainsi Cassandra, ex-employé d’Ubisoft, dans Libération. La jeunesse qui débute sa carrière aujourd’hui a grandi avec des rôles modèles comme Emma Watson, l’actrice de la saga Harry Potter qui s’est engagée pour l’égalité femmes-hommes, avec Beyoncé revendiquant son féminisme. Cette jeunesse a grandi avec une parité qui s’impose et un mouvement féministe qui s’est profondément renouvelé via notamment Osez le féminisme et et plus récemment le collectif NousToutes. Ce qui était encore possible, il y a 10 ans encore ne passe plus aujourd’hui pour peu que les femmes puissent prendre la parole, individuellement via des canaux dédiés au sein de l’entreprise ou collectivement notamment via les réseaux sociaux.

En 2020, le pouvoir doit s’exercer différemment, en entreprise comme ailleurs.
À bon entendeur …

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.