Siège de la Banque Centrale Européenne par Kiefer, Francfort, Allemagne - Creative Commons
Siège de la Banque Centrale Européenne par Kiefer, Francfort, Allemagne - Creative Commons

« Si les Banques centrales ne réduisent jamais la taille de leurs bilans, la dette publique qu’elles détiennent est de fait annulée. Cette dette publique est gratuite, et ce, de façon perpétuelle. Elle n’existe pas, elle a été annulée, et elle n’aura jamais été réduite ou remboursée ». Cette assertion audacieuse ne sort pas de la bouche d’un hurluberlu d’extrême gauche, mais de l’économiste le plus en vue du moment Patrick Artus, que l’on pourrait qualifier de macron-compatible. Une conviction résonnant mal aux oreilles du gouvernement qui cherche en vain comment, justement, réduire ce que les libéraux appellent « la dette Covid ». En point de mire, les deux réformes d’avant la pandémie, retraite et chômage, réutilisées pour justifier d’un retour à la rigueur budgétaire, après l’épisode baroque du « quoi qu’il en coûte ». Et, pourtant, la crise est bien là par les dégâts sociaux qu’elle engendre.

Pour 2020, les chiffres de baisse d’activité sonne comme des gifles aux joues de la France. Le PIB a baissé de 8%, près de 10 millions de salariés sont concernées par le système avantageux et coûteux du chômage partiel. Les destructions d’emplois, malgré l’intervention de L’État, se comptent par centaines de milliers, jusqu’à 8000 000 selon certains économistes. Premiers sacrifiés : les intérimaires, les CDD, les précaires en général. Quant aux autres salariés, plus protégés mais fragilisés, ils maintiennent leur emploi par la main invisible des pouvoirs publics. Or, tous ces financements s’avèrent de véritables pompes aspirantes pour le budget national et les comptes sociaux. Face à ce « mur de la dette », le quoi qu’il en coûte disparait, au profit d’une expression très usitée au gouvernement et à droite : « l’argent magique n’existe pas ».

Financement de la dette : à la guerre comme à la guerre !

La guerre sanitaire et internationale oui, qui entraine un accroissement des dettes dans chaque pays. Désormais, des appels à la solidarité sont lancés. Puisque les premiers de corvées, sous-payés, ont permis de faire fonctionner l’économie, au tour des plus fortunés de mettre la main à la pâte. Et les possibilités sont aussi variées que les contributeurs à ce genre d’idées partageuses du fardeau : relance d’un impôt de solidarité à l’échelle de l’Europe, participations imposée aux entreprises multinationales, taxation sur le patrimoine des 5% les plus riches en France. Cette dernière opération rapporterait près de 100 milliards, soit autant que le « quoi qu’il en coûte » présidentiel. A l’échelle européenne, ce vaste et peu douloureux plan de financement éviterait de dégrader les conditions de vie des peuples déjà très meurtris par la pandémie de coronavirus.

En écho à Patrick Artus, un autre économiste, en ces temps troublés de pandémie et de crise sociale, se veut rassurant. Raul Sampognaro de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) tempère la « dette Covid » de 186 milliards d’euros en 2020. Dans le magazine Capital de janvier, il se souvient comment le gouvernement s’affolait, déjà en 2019, d’une dette à 100% du produit intérieur brut (la richesse créée par les français). Aujourd’hui à 122%, L’État a appris à relativiser ce type de chiffres symboliques. Quant à savoir qui détient cette fameuse dette française, Raul Sampognaro précise : « Souvent les banques privées sont propriétaires de titres qui appartiennent en bout de chaîne à des ménages, qui ont, par exemple, des parts dans un fond d’assurance-vie. La banque centrale possède 20% de la dette publique française. Ce qui est intéressant, c’est qu’en 2020, les trois-quarts des nouvelles émissions de dettes publiques ont été achetés par la banque centrale européenne (BCE). »

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