Emmanuel Macron et Jean Castex, été 2020 - Montage et Capture vidéo NosLendemains.
Emmanuel Macron et Jean Castex, été 2020 - Montage et Capture vidéo NosLendemains.

La trève estivale s’achève, « déjà » ou « enfin », c’est selon.

Selon que vous aurez pu partir en congés, pu profiter des plages et des paysages de montagne, ou pas.

Selon que vous aurez regardé la remontée des indicateurs de contamination avec une terreur d’autant plus grande que vous voyiez autour de vous une partie de la population se relâcher sur le port du masque – puis se crisper franchement quand on leur a enjoint d’en porter un…

L’été s’achève, et ceux qui espéraient que le nouveau Premier ministre prendrait en main la situation économique et sanitaire avec autant, sinon de brio (il ne faut pas réécrire l’histoire non plus), du moins de sérieux et de capacité à rassurer que son prédécesseur pendant le confinement, commencent à se reconnecter à l’actualité et à faire peu à peu le bilan des 2 mois écoulés (à ce stade, soulignons que ce n’est que le début, et l’on peut probablement anticiper pas mal de mouvements d’opinion dans les 15 jours qui viennent à mesure que les derniers vacanciers reprennent pied dans la réalité, et que le gouvernement réaffirme – ou pas – une stratégie).

Selon L’Ifop pour le JDD, ils étaient 55% à déclarer une « bonne opinion » de Jean Castex à la fin juillet. Un score honorable, comparable aux débuts des premiers ministres précédents. Mais, comme nous l’expliquions à l’époque, ces 55% n’étaient pas un matelas, un acquis, un bouclier contre les vents mauvais d’une opinion angoissée, exigeante et souvent volatile, mais bien plutôt un sursis, un espoir, une promesse. Les Français interrogés en Juillet espéraient – que ça aille mieux, que les choses changent, que l’on sorte la tête de l’eau, que les vacances se passent bien… -, bien plus qu’ils ne jugeaient des actes que le nouveau Premier ministre avait à peine eu le temps de commencer à dessiner.

Dès lors, la chute de 7 points de la cote du Premier ministre en cette rentrée n’a rien de très étonnant. Rappelons que Manuel Valls, dans un contexte bien moins grave et incertain, avait perdu 9 points en un mois dans le même baromètre au 24 août (et 20 en trois mois, depuis sa nomination). Le Premier ministre reste majoritaire chez les cadres et les ouvriers (51%) et les retraités (51%), les sympathisants Les Républicains (68%) – symbole important pour lui, puisque c’est en quelque sortes sa fonction stratégique sur le plan politique – et évidemment auprès des sympathisants de la majorité présidentielle (87%). Sa chute est particulièrement nette chez les commerçants, artisans, et chefs d’entreprise (-16 points, à 38%), signe d’une inquiétude que le report du plan de relance n’ira sans doute pas apaiser… mais aussi chez les cadres (-17 points), les professions intermédiaires (-11), les retraités (-15). Sa chute se concentre plutôt dans le secteur privé (-6), alors que les salariés du secteur public sont à ce stade plus nombreux à s’en dire satisfaits qu’en juillet (+6 points). Nous verrons si cela résiste à une rentrée scolaire qui suscite déjà quelques débats du côté des syndicats de profs…

Celui qui a revendiqué son présentéisme durant tout le mois d’août, sans doute conscient d’être attendu au tournant de l’été, ne sera sans doute guère surpris de ces chiffres. Il n’a d’ailleurs pas économisé ses efforts pendant le mois d’août, faisait acte de présence, communicant au maximum, au risque de susciter un sentiment qu’il existe un écart grandissant entre les actes et les paroles, la communication et l’action politique. Et bien plus que l’angoisse – légitime, et inéluctable – économique et sociale qui saisit les Français en cette fin d’été, et qui engendrera nécessairement une montée des mécontentements et des doutes, c’est à cet écart perçu entre les paroles et les actes que le gouvernement devra prendre garde dans les semaines à venir. Car l’empathie, la présence, le soutien aux policiers victimes de violences, les appels à porter le masque… sont autant de choses nécessaires ; mais ils ne compenseront pas, et parviendront sans doute de moins en moins à éclipser, le sentiment grandissant d’un flou sur la stratégie de lutte contre le virus, d’une absence de décisions fortes dans sur le plan économique que sur le plan sanitaire.

Où va ce gouvernement ? Que fait-il ? Jusqu’ici, une partie des Français déplorent les revirements, les atermoiements, les injonctions paradoxales – situation grave ? ou pas ? mais si elle est grave, pourquoi pas d’obligation du masque ? pourquoi tarder ? pourquoi reporter le plan de relance économique… ? -, les « en même temps » déroutants. Doit-on vivre comme si de rien n’était ? Vraisemblablement pas. Mais alors, comment ? Dans cet entre-deux, ce flou, s’engouffrent toutes les angoisses, et toutes les critiques – y compris celles, de plus en plus inquiétantes, des « anti-masques » radicaux qui voient dans les injonctions sanitaires les signes d’un complot…

Tous les Français ne sont pas encore rentrés de vacances, et pourtant l’on peut déjà dire que l’ambiance de la rentrée sera plus que morose, et donc le contexte politique périlleux (les oppositions feraient bien de s’en souvenir aussi, car les querelles perçues comme « politiciennes » risquent fort de très mal passer). Et que si le couple exécutif ne cadre pas les choses bien plus clairement qu’il ne l’a fait depuis deux mois, en tout cas aux yeux de nos concitoyens, le climat risque fort de continuer à se dégrader…

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