Donald-Trump visite le Bioprocess Innovation Center de Fujifilm à Morrisville, N.C. - Photo Shealah Craighead / Maison Blanche
Donald-Trump visite le Bioprocess Innovation Center de Fujifilm à Morrisville, N.C. - Photo Shealah Craighead / Maison Blanche

L’inquiétude monte dans les rangs des scientifiques, à l’intérieur de l’Administration US comme à l’extérieur, à propos d’une possible ingérence politique dans le processus de conception et d’autorisation de mise sur le marché d’un ou plusieurs vaccins contre la covid-19. Il s’agirait pour Donald Trump de bénéficier d’une nouvelle et désormais classique « surprise d’octobre », un joker lui permettant d’être réélu à la présidentielle de novembre.

La cause de cette inquiétude tient dans le calendrier incroyablement serré de la mise sur le marché d’un ou plusieurs vaccins contre la covid-19 dans un contexte de crise sanitaire qui a entrainé la mort de 152 000 américains et a mis en grande difficulté économique des millions d’américains. Soumis à  une constante pression de la Maison-Blanche pour annoncer de bonnes nouvelles, des scientifiques ont dit au New York Times les difficultés qu’ils rencontrent pour assurer leur rôle en matière de santé publique et pour définir la bonne balance entre vitesse et de régulation des mises sur le marché.

Concevoir et mettre sur le marché un vaccin efficace et sûr pour la population est normalement un processus long de plusieurs années et très codifié. Un processus qui commence par une bonne compréhension du fonctionnement du virus, dans notre cas du coronavirus SARS-CoV-2, le développement de plusieurs candidats vaccins et leurs évaluations sur des modèles animaux. Puis le processus comporte des essais cliniques organisés en 3 phases, les phases 1 et 2 servent à tester l’efficacité et la sécurité du candidat vaccin, l’immunogénicité et l’innocuité de différentes doses et la phase 3 valide normalement l’efficacité du vaccin sur un grand nombre de patients. Les résultats de ces essais cliniques sont ensuite présentés aux autorités sanitaires et réglementaires qui autorisent la mise sur le marché du vaccin au vu de son efficacité et bien sûr de son innocuité. Aux États-Unis, ces autorisations sont délivrées par la FDA, la Food and Drug Administration fédérale.

Mais le processus qui en général prend une dizaine d’années a été accéléré très fortement par une administration Trump qui a lancé en avril l’« Opération Warp Speed », projet destiné à financer les études et la pré-fabrication de centaines de millions de doses de candidats-vaccins. Pour gagner du temps, la fabrication est commencée avant même la certitude que les candidats vaccins seront sûrs et efficaces. L’administration Trump a ainsi déjà déboursé la somme colossale de 8 milliards de dollars pour financer ces projets et fabrications préliminaires.

 « Il y a pas mal de monde à l’intérieur de ce processus qui sont très nerveux à l’idée de savoir si l’administration va mettre sur Warp Speed, sortir un ou deux ou trois vaccins et dire : « Nous l’avons testé sur quelques milliers de personnes, il semble sûr, et maintenant nous allons le déployer » » a ainsi déclaré au New York Times, le Dr. Paul A. Offit de l’Université de Pennsylvania. Le Dr. Paul A. Offit est membre du Comité conseillant la Food and Drug Administration en matière de vaccins.

Vendredi dernier, Le Dr Anthony Fauci, spécialiste américain des maladies infectieuses et conseiller de la Maison-Blanche, avait déclaré lors d’une audition au Congrès américain qu’il était « d’un optimisme prudent » quant à la mise à disposition d’un vaccin « sûr et efficace » contre le coronavirus SRAS-COV-2 d’ici à la fin 2020.  Mais un tel calendrier signifierait que les vaccins serait disponible après le vote de la présidentielle US qui se déroulera le mardi 3 novembre prochain.

La tentation peut être grande de réduire les exigences en matière d’essais cliniques pour annoncer la mise à disposition d’un ou plusieurs vaccins destinés par exemple à des publics ciblés et ainsi créer la « surprise d’octobre » 2020.

En 2016, les surprises d’octobre avaient été nombreuses et pour certaines énormes. Les plus importantes étant relatives aux emails d’Hillary Clinton et de ses proches. Il s’agit notamment de la révélation le 7 octobre 2016 par Wikileaks des emails provenant du piratage des messages du directeur de campagne d’Hillary Clinton, John Podesta. Un piratage qui avec le recul et selon les agences de renseignement US aurait été orchestré par des hackeurs russes proches du Kremlin.

Une mise sur le marché précipitée de vaccins anti-covid-19 pourrait-il constituer une telle surprise d’octobre ? Nul ne peut le savoir à ce stade. Mais ce qui est certain, c’est que le crédit de Donald Trump commence à être sérieusement entamé. La non-gestion de la crise sanitaire, voire la contribution de Trump à la désorganisation de la réponse sanitaire est pour beaucoup dans la chute du 44ème président dans les sondages. Au point qu’en grande difficulté dans les sondages et auprès de son cœur de cible, Donald Trump a diamétralement changé de ton sur la crise sanitaire à l’occasion de sa première conférences de presse sur le Covid-19 depuis la fin avril, en reconnaissant pour la première fois la gravité de l’épidémie aux USA.

Alors qu’il est jugé sévèrement y compris par ses supporters les plus fidèles sur sa non-gestion de la crise Covid-19, comment Donald Trump peut-il reprendre la main sur ce terrain sanitaire, qui avec la situation économique va jouer un rôle important dans l’élection, sinon en annonçant une victoire avant l’élection ?
Mais le risque est grand de saper la confiance du public dans des vaccins utilisés précipitamment et qui risquent d’être contesté par la communauté scientifique. Alors que la confiance dans la vaccination et dans les vaccins est sans cesse remise en cause par des groupes complotistes, cette précipitation constituerait une erreur dramatique et lourde de conséquences. D’où l’alerte donnée aujourd’hui par les scientifiques US.

Mais cela explique sans doute aussi une autre alerte donnée ce même jour par l’OMS : « un certain nombre de vaccins sont actuellement en essais cliniques de phase 3 et nous espérons tous disposer d’un certain nombre de vaccins efficaces qui pourront aider à prévenir l’infection. Toutefois, il n’existe pas de solution miracle, de « silver bullet » pour le moment – et il n’y en aura peut-être jamais. »

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Cet article a 1 commentaire

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.