Après des semaines de non-campagne et dans la foulée de son entrée en scène voyante la semaine dernière, avec deux déplacements et une interview qui a inondé tout le territoire, Emmanuel Macron comptait sur le vote anticipé des Français de l’étranger pour donner de l’élan à la majorité présidentielle, en panne de dynamique. En 2017, les macronistes avaient frôlé le grand chelem, décrochant dix circonscriptions sur onze. Le camp présidentiel se qualifie dans dix, arrive en tête dans huit. Mais il encaisse dans la cinquième (Espagne-Portugal-Monaco) un revers qui fait désordre.

C’est dans cette circonscription que l’Élysée a imposé la candidature de Manuel Valls. Cette décision, au détriment du sortant LREM, a fait des vagues. L’élu éconduit s’est maintenu après avoir dénoncé des « parachutages et soubresauts de l’ancien monde ». Hier, l’ancien Premier ministre a finalement été sèchement éliminé dès le premier tour, avec 16 % des suffrages. Il s’est fait largement devancer par le dissident (25 %) qui, pas rancunier, a déjà fait part de sa volonté de revêtir la casaque macroniste. Le perdant du jour a appelé à « faire barrage au candidat de la Nupes », sa bête noire. Puis Manuel Valls a quitté le réseau social Twitter, où les militants et cadres de la gauche unie, cible obsessionnelle de l’ancien socialiste depuis des mois, ont fêté de façon un peu exubérante sa disparition politique. « Valls a mis l’temps ».

La gagnante du jour, c’est la Nupes, dont le poulain, qui certes aura du mal à transformer l’essai, est tout de même arrivé en tête dans cette circonscription à l’enjeu national avec 27 %. Plus globalement, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale peut être satisfaite de cette mise en bouche électorale : en 2017, la gauche ne s’était qualifiée pour le second tour que dans cinq circonscriptions sur onze. En 2022, elle se retrouve en finale pour dix sièges, face à la majorité présidentielle, avec des chances d’en conquérir un ou deux.

Quelle que soit l’issue du scrutin chez les Français de l’étranger (qui ne représentent que 3 % du corps électoral), cette progression de la Nupes démontre que l’option coalition, sans laquelle la gauche n’aurait pas eu accès au deuxième tour, est la bonne. Un joli pied de nez aux détracteurs assidus de la team LFI/PS/EELV/PC, notamment les socialistes qui épargnent curieusement le camp macroniste et ne semblent pas dérangés par la perspective d’un report de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans. Un signal, aussi, à ceux dont l’engagement en faveur de la Nupes s’avère aléatoire ou sélectif, comme la présidente de la Région Occitanie Carole Delga.

Avec la défaite de Manuel Valls, synonyme de sa fin de carrière, même si on sait l’ex-député de l’Essonne résilient, Macron essuie un désaveu cinglant. À mettre en parallèle avec le sondage qui fait trembler le camp présidentiel, crédité de  275 à 310  députés par l’Ifop, donc sous la menace de ne pas disposer de la majorité absolue, alors que l’alliance de gauche s’adjugerait 170 à 205  sièges. Il semble que le parti-pris de la faire passer pour une force méga dangereuse qui mange les enfants ne soit pas le bon. Le chef de l’État va enclencher le mode bonimenteur et mouiller la chemise dans la dernière ligne droite pour éviter LA catastrophe : se retrouver pour de bon avec Jean-Luc Mélenchon dans les pattes à Matignon. Un scénario qui semble de moins en moins invraisemblable à l’approche de l’échéance.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Castex

    Un contre pouvoir s avère de plus en plus nécessaire face à ce président.

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