Manifestation Black Lives Matter en hommage à George Floyd, Place de la République, ce 9 juin 2020 - Photo ©️ Daniel Perron
Manifestation Black Lives Matter en hommage à George Floyd, Place de la République, ce 9 juin 2020 - Photo ©️ Daniel Perron

Ça y est, il a parlé ! Enfin ! Non, non pas une parole officielle. Non. Une parole rapportée par sa porte-parole à l’issue du conseil des ministres. Avant une adresse aux Français plus solennelle et qui vient d’être annoncée pour ce dimanche.
Et selon Sibeth NDiaye, Emmanuel Macron a condamné le racisme lors du conseil des ministres, évoquant « une trahison de l’universalisme républicain ».

Rien de très transcendant. Rien en tout cas qui soit à la hauteur de l’émotion et du désir de changement qui s’exprime aux 4 coins de la planète. Il ne pouvait pas faire moins, et à l’évidence, il n’a pas l’intention de faire plus. Mais en revanche, la phrase qui suit est bien plus fracassante Sur les violences policières et le racisme au sein de la police, « il ne faut céder ni aux amalgames réducteurs ni aux protections coupables », a-t-il ajouté. Traduction en langage normal : tous les policiers ne sont pas racistes mais les brebis galeuses ne doivent plus être protégées.

Une phrase lourde de sens qui signifie donc qu’aujourd’hui, au sein de la police, il existerait une hiérarchie qui protège, de façon coupable, certaines dérives racistes. Il s’agit là d’une mise en cause très dure, car émanant du Chef de l’État, si ce n’est de l’institution elle-même, au moins de certaines mécaniques à l’œuvre.

Une déclaration qui va mettre le feu aux poudres dans un corps secoué par les révélations en cascades sur ces dérives racistes, mais aussi par l‘épuisement des troupes après les 3 ans qui viennent de s’écouler. 3 années chaotiques où l’exécutif a laissé face à face, des citoyens et des CRS, sans apporter une réponse politique et sociale, hormis « la réforme des retraites se fera » pour les manifestions de l’hiver dernier … ou « les foules haineuses » pour la révolte des gilets jaunes.

Un corps épuisé aussi par le manque de moyens, les salaires indignes et la vacuité dans la chaîne de commandement, corrigée par la nomination d’un préfet de police de Paris aux méthodes brutales et controversées.

Dans de blues général qui traverse les forces de l’ordre, la déclaration d’Emmanuel Macron, qui suit celle de Christophe Castaner, donne le sentiment que l’exécutif durcit le ton. Entame une sorte de bras de fer, ou, en tout cas, veut montrer qu’il est ferme. Car, entre deux risques, le Chef de l’État a choisi.

On sait que depuis quelques semaines, les craintes d’un soulèvement social sont réelles, analysées, anticipées. Le rassemblement de la Porte de Clichy à l’appel de la famille Traoré, aussi inattendu que massif, a ravivé la peur d’un embrasement des banlieues et d’une convergence des colères, difficile voire impossible à maîtriser.

Face à cette hypothèse qui n’a rien de farfelue, Emmanuel Macron a donc choisi d’envoyer des signes de fermeté à l’égard des forces de l’ordre : ça n’est pas la première fois. En janvier déjà, après l’émotion suscitée par des vidéos ou l’on voyait des manifestants se faire brutaliser sans raison par les policiers, il avait demandé à Christophe Castaner de travailler sur la question.

Mais aujourd’hui, sa déclaration montre un choix. Celui d’apaiser la « rue » et en dénonçant, à son tour, les actes et les propos racistes.

Une déclaration qui intervient dans un contexte chauffé à blanc. Les syndicats de policiers sont vent debout contre ce qu’ils considèrent comme un lâchage du ministre de l’intérieur qui a annoncé la fin de la méthode d’interpellation par « les clés d’étranglement ». Ils annoncent déjà une grève des interpellations.

Un corps chauffé à blanc aussi par une forme de misère sociale, sur les salaires et ce sentiment, probablement le plus rude, d’être passé, en quelques années du statut de héros de la République après les attentats à celui de mal aimé. Ce qui est faux car une grande majorité de Français aime sa police mais le sentiment de défiance est bien réel, au regard du traitement des conflits sociaux, des violences, des manifestants éborgnés, mutilés, et du silence sur les enquêtes IGPN. Un fossé inquiétant dans une période qui s’annonce chaotique.

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