Emmanuel Macron, Commémoration des combats de Montcornet, le 17 mai 2020. Capture Nos Lendemains.
Emmanuel Macron, Commémoration des combats de Montcornet, le 17 mai 2020. Capture Nos Lendemains.

Après les profs, voilà que le président de la République lui-même vient de trouver un nouveau bouc-émissaire en rejetant la faute sur le « monde universitaire ». Emmanuel Macron est l’auteur d’une déclaration assez hallucinante venant de l’homme de la « pensée complexe », de l’homme qui a joué et surjoué sa proximité et sa complicité avec le philosophe Paul Ricœur. 

En effet, Le Monde rapporte ainsi les propos du président de la République : « Le monde universitaire a été coupable. Il a encouragé l’ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon. Or, le débouché ne peut être que sécessionniste. Cela revient à casser la République en deux ».  
Le journal du soir précise que les propos ont été tenus dans un cadre privé comme s’il pouvait exister un cadre privé pour un Chef de l’État …

Les termes sont lourds de sens et l’accusation extrêmement grave. Selon Emmanuel Macron les responsables des divisions de la société seraient donc les chercheurs en sciences humaines. La fracturation de la société française ne serait pas le résultat de politiques publiques défaillantes, ni celui d’un déni collectif de la question du racisme et ni celle d’une forme impunité. Non, les seuls responsables que tient à désigner du doigt le président, ce sont les chercheurs.

La Vallsisation d’Emmanuel Macron

Est-ce bien là le rôle du président de la République de désigner ainsi à la vindicte populaire une partie des Français ? Celui qui a en charge la cohésion nationale et l’unité de la Nation dans la République prend un chemin bien boueux … Un chemin qu’avait déjà emprunté avant lui par Manuel Valls, Premier ministre qui en 2015, après les attentats djihadistes qui avaient ensanglanté la France, s’en était pris à trois reprises aux sociologues : « expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser ». Ces attaques en règle des « sociologues » avaient largement fait réagir. Ainsi l’historien et philosophe Marcel Gauchet, qu’on ne peut taxer de gauchisme, avait jugé  «particulièrement regrettable» la déclaration de Manuel Valls.

Comme Manuel Valls, Emmanuel Macron reprend-là les antiennes d’une droite populiste mais aussi d’une droite extrême qui fustigent les « intellectuels », enfin surtout celles et ceux dont les travaux scientifiques viennent déranger leurs certitudes. Cette droite là est effectivement en guerre contre les sciences humaines. C’est haro sur la sociologie bourdieusienne, les études de genre et celles sur les discriminations en général. Bref le message, c’est bien « laissez-nous creuser tranquillement le fossé des inégalités et renforcer la ghettoïsation du pays ».

Casser le thermomètre

Ce discours est effectivement celui d’une partie des élites de droite qui préfèrent casser le thermomètre pour pouvoir mieux ignorer la fièvre, plutôt que de prendre leurs responsabilités face au pays.

La politique de l’autruche ne peut que conduire dans le mur. En effet, si la crainte tout à fait légitime est celle la communautarisation, celle-ci ne peut que sortir renforcée d’une situation où les citoyens français qui subissent inégalités croissantes et discriminations voient leurs droits et leurs aspirations niées.

Crier halte aux communautarismes ou comme l’a déclaré le président à « l’ethnicisation » résoudra rien, si ce n’est le constat froid que la République ne répond pas présent. Et c’est le constat que font de plus en plus de citoyens en banlieue comme dans la ruralité, face aux défaillances des services publics qui sont portant le visage de la République. L’Éducation nationale qui voit augmenter l’exclusion scolaire liée à « l’absence d’enseignant devant les élèves » comme le souligne le rapport bipartisan sur la Seine-St-Denis réalisé par les députés François Cornut-Gentille et Rodrigue Kokouendo. La Justice laissée dans un état d’indigence depuis des années. Les hôpitaux et la santé publique, la crise sanitaire l’a largement démontré. Et aussi la Police nationale qui doit faire le ménage en son sein et ne doit pas tolérer les comportements absolument inacceptables qui ont été par exemple révélés par le Défenseur des Droits.

À droite toute !

Bref. On se demande à quoi sert cette expression présidentielle par presse interposée, si ce n’est faire à nouveau diversion au moment où les oppositions reprennent la parole et où les commissions parlementaires vont mettre le pouvoir macronien en accusation. L’expression est aussi, après le coup de fil à Eric Zemmour, un nouveau clin d’œil appuyé à la droite sécuritaire des Wauquiez-Ciotti et à l’extrême-droite façon Le Pen.

Ceux qui avaient sincèrement pensé qu’Emmanuel Macron traçait un nouveau chemin progressiste ne peuvent que constater que le progrès attendu n’est finalement qu’une progression de plus en plus rapide vers la droite réactionnaire. Et le réveil est douloureux.

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