Emmanuel Macron à l'Élysée le 1er mai 2020 - Capture vidéo Nos Lendemains

Un petit off et puis s’en va. Cela donne une phrase qui fait, le temps d’une soirée dominicale, quelques bandeaux sur les chaînes d’info. « Violences policières : Macron demande aux ministres de se saisir du sujet ». Voilà comment réagit Emmanuel Macron, président de la République française.

Nous écrivions hier combien était gênant le silence du président de la République face au mouvement contre les violences policières et au racisme dans la police. Une double faute politique, au regard des engagements du candidat, au regard de ses responsabilités

Ce lundi, le président de la République française est toujours silencieux.
Les images du meurtre de George Floyd ont déclenché un mouvement antiraciste planétaire qui amené le Pape, Angela Merkel, Justin Trudeau ou Jacinda Ardern à s’exprimer pour dire leur horreur et pour en tirer de salutaires conclusions. Et en France, pays des Droits de l’Homme, le le président temporiserait ?

Ces dirigeants qui s’expriment de par le Monde savent l’importance de leurs mots. Face à l’horreur des images et face en France à l’accumulation des dérives racistes et violentes, la parole présidentielle solennelle est performative, une parole consolatrice, une parole de reconnaissance. Le discours présidentiel est un préalable aux réponses politiques et aux mesures techniques.

Nous parlons d’un pays où l’on vient de découvrir un groupe Facebook de 8000 policiers et gendarmes où s’écrivent « des centaines de messages racistes, sexistes ou homophobes et des appels au meurtre ». Un pays où un enfant de 14 ans « pesant une quarantaine de kilos », le jeune Gabriel, souffre à la suite de son arrestation d’une « fracture maxillaire étendue au plancher de l’orbite de l’œil gauche » ayant nécessité une opération chirurgicale et 10 jours d’hospitalisation.
Un pays où Cédric Chouviat et Adama Traoré sont morts de leur rencontre avec les forces de l’ordre et dont les familles attendent encore que justice leur soit rendue. Un pays où le Défenseur des droits se plaint d’être entravé dans son contrôle des policiers !

Aussi demander « aux ministres de se saisir du sujet », ce n’est tout simplement pas à la hauteur de la situation historique. Ce qui paraissait « gênant » se transforme, avec les jours qui passent, en un mépris assumé. Les manifestants de samedi ne s’y trompaient pas en appuyant là où cela fait mal : « le silence est complice ».

Ce silence ne peut s’analyser que de 2 manières.

Soit Emmanuel Macron a décidé d’épouser les thèses de la droite, en mode « soutien inconditionnel » de la police. Ainsi Christian Jacob a affirmé dimanche que « les violences policières en France n’existent pas ». Et au cours de la même interview, le patron des LR a aussi dénoncé le « silence assourdissant du président de la République et du Premier ministre, au moment où la police nationale est humiliée ». C’est tout de même la pente prise par Emmanuel Macron depuis sa prise de pouvoir. Après avoir atomisé la gauche, celui qui se présentait comme progressiste gouverne aujourd’hui à droite en cherchant à capter cet électorat en vue de sa réélection. Un reniement total de ce qui l’a porté au pouvoir.

Soit le président de la République est tétanisé face à une possible réaction de colère des forces de l’Ordre. C’est l’hypothèse qui monte. Le pouvoir macronien a énormément exigé de la police lors des manifestations des gilets jaunes et a quelque part laissé la bride sur le cou de la police aux émeutiers et autres blackblocks. D’où une peur, une impossibilité de tenir la police de faire le moindre reproche à ceux qui aujourd’hui portent atteinte à l’honneur de la police républicaine.

Et cette situation d’État dans l’État, de capture du politique par une police qui devrait être républicaine est extrêmement inquiétante. Un président de la République prisonnier de sa police, ce ne serait plus une démocratie.

Il est donc urgent que le président de la République prenne la parole, une parole républicaine, et démocratique qui « en même temps » rétablisse l’honneur de milliers de policiers et reconnaisse l’inacceptable dérive raciste et violente de nombre d’entre-eux.

À trop attendre, à jouer les diversions, le silence d’Emmanuel Macron risque de transformer une faute politique en une erreur historique.

Manifestation Justice pour George Floyd à Washington USA, le 30 mai 2020.
Photo Victoria Pickering – Creative Commons

Lire aussi :

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.