Yael Braun-Pivet, élue présidente de l'Assemblée nationale, le 28 juin 2022 - capture vidéo.

Historique. Une femme au présidente de l’Assemblée nationale. Cocorico. Girl’s Power en Macronie. C’est le message diffusé en boucle, mardi, après l’élection de Yaël Braun-Pivet à la présidence de l’Assemblée nationale. Les superlatifs hors-sol étaient de sortie pour saluer la promotion de l’éphémère ministre des Outre-Mer, qui s’est fait plein d’amis dans les Îles en lâchant son portefeuille. Bravo.

Quitte à casser l’ambiance, il faut tout de même souligner que son appartenance au genre féminin ne garantit absolument pas que l’intéressée fera preuve de l’ouverture qu’elle affiche en termes d’intentions. Ce que l’on sait sur elle, c’est surtout qu’elle obéit au doigt et à l’œil au président de la République avec une parfaite mauvaise foi et en faisant preuve d’un autoritarisme totalement décomplexé, quitte à couper le micro de ceux Zé celles qui trouvent à y redire. Quiconque a suivi les débats de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’affaire Benalla a forcément un léger doute sur sa capacité à faire preuve de souplesse. Le LR Guillaume Larrivé, qui a couvert d’éloges la députée des Yvelines (elle ne le sera en fait que dans un délai d’un mois après sa démission du gouvernement), semble avoir la mémoire courte. Le 26 juillet 2018, il suspendait sa participation à ladite commission d’enquête, déclenchée le 19 juillet. Motif : appuyée par sa majorité parlementaire écrasante, Yaël Braun-Pivet, présidente de la commission des lois et co-rapporteure  pendant toute la durée des travaux parlementaires, refusait l’audition du secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, alors que les députés hors LREM demandaient en bloc que « toute la chaîne hiérarchique » soit entendue. « Je pose la question : est-ce que l’Élysée souhaite torpiller les travaux de notre commission ? », avait déclaré Larrivé, « instruction a été donnée aux députés du groupe En Marche pour bâcler la préparation d’un vrai-faux rapport ». Il avait accusé YBP d’« entraver les travaux ». La commission avait explosé. Braun-Pivet l’avait refermée officiellement le 1er août. En janvier 2019, après de nouvelles révélations sur le conseiller sécurité d’Emmanuel Macron, elle avait refusé de la convoquer à nouveau malgré la demande de députés socialistes, auxquels il avait été reproché de chercher à « instrumentaliser ». Un peu facile.

La commission d’enquête du Sénat, aux mains des Républicains, avait, elle, rempli son rôle et planché sept mois durant procédant à 34 auditions et concluant à de graves dysfonctionnements. 

S’il n’y avait eu que Yaël Braun-Pivet, on n’en aurait pas su autant. Les députés verront rapidement si elle a, depuis, mieux assimilé les notions de démocratie et de transparence. Elle prétend vouloir débattre et non se battre. L’avenir l’illustrera sûrement.

Mis à part sa performance dans l’affaire Benalla, doit-on se réjouir de la façon dont la première femme présidente de l’Assemblée nationale a été élue, mardi ? Non, en vrai. Le RN, qui a retiré son candidat après le premier tour de scrutin et s’est abstenu au suivant, lui a fait la courte échelle pour qu’elle soit élue plus vite que prévu, dès le deuxième tour. Le groupe de Marine Le Pen fait ainsi un joli clin d’œil à Emmanuel Macron et en profite pour s’acheter une image responsable. Quand la Nupes, et en particulier LFI, sont la cible d’une campagne active visant à placer l’alternative au néolibéralisme hors du champ républicain pour la discréditer alors que le Rassemblement national est soigneusement épargné. Une inversion des valeurs inquiétante, partagée par tous ceux qui ont intérêt à démolir le poumon de la gauche unie. Ils continuent à jouer avec le feu.

Comme pour illustrer le risque de cette stratégie, le doyen de l’hémicycle, député RN des Bouches-du-Rhône, a réveillé son monde en faisant l’apologie de l’Algérie française dans son discours inaugural. José Gonzalez a enfoncé le clou dans la foulée, interrogé sur l’Organisation (terroriste) armée secrète (OAS) : « Je ne suis pas là pour juger si l’OAS a commis des crimes ou pas. L’OAS, je ne sais même pas bien ce que c’était ».

L’ histoire retiendra donc que le jour de l’élection de la première femme présidente de l’Assemblée nationale, l’extrême droite a pris ses aises au Palais Bourbon. Ça gâche un peu la fête.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Emma

    Plutôt Hitler que le front populaire.
    Rien de nouveau sous le soleil….

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