Éric Zemmour sur CNews - Capture vidéo.
Éric Zemmour sur CNews - Capture vidéo.

Il ne s’agit pas ici de faire le procès de tel ou tel média. Chacun a le droit de pousser la ligne éditoriale qu’il souhaite. La presse française est, par tradition, une presse d’opinion. Et toutes les opinions ont leur place dans le débat républicain. Toutes sauf le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie, l’incitation à la haine raciale, l’homophobie et autres perversions qui constituent des délits. Le racisme n’est pas une opinion. L’antisémitisme n’est pas une opinion. L’homophobie n’est pas une opinion. Pardon de le dire et de le répéter mais c’est essentiel dans ce qui se joue actuellement autour d’Eric Zemmour, et plus largement , dans le débat entre toutes les nuances de droite, qui prend en otage beaucoup de médias car « ça fait du buzz, c’est bon, ça ».

Et le politiquement correct a désormais changé d’habits. Il est désormais correct de s’indigner sur le voile, l’identité, l’immigration, le séparatisme , la fraude sociale et il est dangereusement révolutionnaire de parler d’humanité, d’état de droit, et de luttes sociales. Le combat peut être âpre, sans concession , mais tant qu’il reste dans le champ républicain, il est vital pour la démocratie. Et c’est bien le problème avec Éric Zemmour, déjà deux fois condamné  pour injure et incitation à la haine raciale, dont une condamnation définitive et qui jongle avec les lignes, en les franchissant régulièrement. Sa dernière saillie sur les enfants de migrants, potentiellement « tous violeurs, voleurs, assassins » marque une nouvelle étape dans cette « folie » zemmourienne qui tient de l’idéologie et de la névrose obsessionnelle compulsive.

En ce sens, la mécanique à l’œuvre est exactement la même que celle du sinistre Dieudonné, incapable de contrôler sa diarrhée verbale sur les juifs. Jour après jour, Éric Zemmour prend ce chemin de la radicalité, incontrôlable, sur la question de l’islam , de l’identité, de l’immigration, de la sécurité, ce chemin, mélange de convictions idéologiques et de provocations. Une sorte de conduite d’échec à laquelle nous assistons jours après jours, une forme de descente dans son propre enfer dans lequel il entend entraîner ceux qui le regardent, le lisent et boivent ses paroles.

Jusqu’à quand le CSA laissera t-il faire sans réagir ? Il ne s’agit pas de censurer. On peut défendre des positions dures sur l’immigration mais on ne peut tenter de transformer chaque jour un délit en simple liberté d’expression. Lorsqu’un étranger est, par la voix de Zemmour, forcément potentiellement un violeur, un voleur et un assassin, nous ne sommes plus dans le débat d’idées. Nous sommes dans la négation de l’autre, sa chosification, dans la haine raciale, pure et simple. Et c’est bien au CSA d’y mettre un coup d’arrêt sinon à quoi sert -il ? Mais ne nous y trompons pas : Éric Zemmour ne représente pas le danger que nous pensons voir en lui. En y regardant de près, il est et ne reste qu’un journaliste dont l’influence ne dépasse pas un cercle restreint , une bulle de quelques centaines de milliers de téléspectateurs et de lecteurs . C’est peu à l’échelle d’une nation et ça ne peut en aucun cas, constituer un mouvement de fond. Il ne faut pas confondre l’influence qu’il semble avoir et la portée réelle de cette influence. Finalement, il séduit certes une frange d’adorateurs qui le considèrent comme un intellectuel, ce qu’il n’est pas, mais la majorité se fiche comme d’une guigne de ce que pense Zemmour et elle n’est pas prête à le suivre dans son tourment personnel structuré en pensée dans lequel il rêve d’entraîner un mouvement de masse.

Son audience, si elle est importante dans cet univers des télés tout info, reste marginale à l’échelle nationale. Que pèsent 500.000 téléspectateurs face aux millions de gens qui écoutent les radios et les télés généralistes ? Et ceux qui n’écoutent plus rien depuis longtemps ? Pas grand chose . Zemmour agite avant tout et surtout notre bocal . Ça n’est pas rien mais ça n’est pas un désastre national . Cessons de vouloir en faire une grenouille plus grosse qu’un bœuf . Et même si cette révolution conservatrice semble envahir tout l’espace du débat, avec une sorte de concours quotidien pour décrocher la timbale de celui ou celle qui adoptera le discours le plus dur, le plus débridé, le plus supposément véridique, ce courant reste un marché de niche, certainement très lucratif mais extrêmement étroit.

Il n’y a pas de zemmourisation de la société. Une frange a toujours pensé comme lui, parlé comme lui ou plutôt éructé comme lui. La différence, c’est qu’à l’époque, ce type de déclarations provoquaient immédiatement des manifestations et des interdictions. Aujourd’hui, Zemmour ne provoque plus que des crises récurrentes sur Twitter. Certes, ce débat nauséabond est inquiétant, voire épuisant psychologiquement mais il ne faut pas lui donner une importance qu’il n’a pas, malgré les apparences. Il reste dans notre pays des ressorts profonds, inaliénables, aux antipodes de la vision de Zemmour and co.

En revanche, il est temps que le CSA qui, officiellement, est une sorte de gendarme du PAF, fasse un rappel au règlement, puisqu’a l’évidence, les condamnations pénales ne semblent pas contrarier outre mesure son accès aux médias. Le sanctionner, oui ! Le censurer, non. La démocratie est suffisamment solide dans ses tréfonds, pour supporter, en surface, toutes lee gesticulations d’Eric Zemmour. Par deux fois, sous la 5ieme, les électeurs ont eu toutes les cartes en main pour choisir le débouché politique des idées zemouriennes, c’est à dire la famille Le Pen. Par deux fois, ils les ont renvoyés dans leurs pénates. Certes, ce sont des adversaires coriaces, mais cessons de les regarder à travers un miroir grossissant.

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