Débat Onfray - Zemmour sur CNEWS

Ce 29 mai, la chaîne Cnews organisait un de ces débats que l’on adore détester, que l’on jure ne jamais vouloir regarder mais que l’on regarde quand même en cachette – et nous n’étions pas seuls dans ce cas, car l’émission a rassemblée 420 000 téléspectateurs, soit 2,8% du public présent devant son poste en ce vendredi soir de départ en week end prolongé (mais à moins de 100 km toujours)… Elle a même connu un pic à 528 000 curieux.

Que nous disent ces chiffres? Une France rance, nostalgique, revancharde, qui brûle de balader l’effigie Présidentielle au bout d’une pique ou de bouter les Français « non de souche » hors du pays? Peut-être, mais pas sûr… Si l’on réduit l’appétit pour ces débats à des dérives de l’opinion, alors on passe à côté du sujet.

En réalité, ces chiffres disent aussi l’envie de débat. D’un débat qui, par les propos tenus mais aussi et sans doute surtout par la personnalité de « penseurs » ou « éditorialistes » sentant le soufre, que l’on dit « hors système », donne le sentiment d’exister. De n’être ni affrontement de façade, ni vraiment pugilat. D’oppositions de fond, frontales voire brutales, mais toujours civilisées. Bref, ces chiffres et bien d’autres – les duels organisés régulièrement par LCI, entre éditorialistes assumant leurs positions au lieu de se cacher derrière une pseudo neutralité – montrent l’envie irrépressible d’un débat « déconfiné ».

Il ne s’agit pas ici de déplorer que l’on donne la parole à tel ou tel, bien au contraire. Mais simplement de constater ces audiences – et celles, plus globalement, de toutes les figures « déconfinées » du débat politique – et de se dire que peut-être que la pente prise par trop de médias, trop de commentateurs, trop de politiques depuis des années n’est pas la bonne. On n’élève pas les citoyens en leur cachant les idées nauséabondes. On n’invite pas à l’ouverture, à la tolérance, en camoufflant les idées intolérables. On n’encourage pas la diversité, la pluralité, bref… tout ce qui fait le sel de nos démocraties, en érigeant des tabous, en excommuniant, en jetant l’opprobre sur ceux qui haïssent tout ce qu’est notre démocratie et notre état de droit – mais en ont le droit… dans les limites du respect de la loi.

Il en va de la démocratie comme du COVID : si l’on ne se frotte jamais à la maladie, on ne risque pas d’être immunisé. Peut-être qu’en aseptisant le débat, en jetant aux orties certaines idées, nous n’avons pas renforcé, mais affaibli la citoyenneté. Il serait temps d’y réfléchir, avant que notre apathie collective croissante n’engendre un épuisement démocratique irréversible.

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.